Nouveau Parti anticapitaliste

Nos vies valent plus que leurs profits

À Pamar, on grève pour la dignité

À Marseille, depuis le 15 janvier, les salariés de la blanchisserie Pamar sont en grève. Ces travailleuses et travailleurs nettoient le linge hospitalier et les tenues du personnel pour le groupe d’hôpitaux privés Sainte-Marguerite. La dégradation de leurs conditions de travail, les humiliations de la direction et les nombreuses entorses sur les questions d’hygiène ont mis le feu aux poudres.

Des machines inadaptées dans des locaux vétustes et poussiéreux dans lesquels la température peut dépasser les 40 °C l’été, voilà le quotidien des salariés de Pamar. D’autant que les douches ne fonctionnent plus…

Le travail, c’est de nettoyer les draps, alèses, serviettes et blouses des patients mais aussi les tenues de travail et blouses du personnel. Du linge qui arrive avec différents niveaux de saleté, mais dont une partie est souillée par du sang ou par des excréments. Sans compter les puces et autres parasites. Et tout ce linge doit repartir propre pour être à nouveau utilisé dans les hôpitaux et maternités du secteur. Naturellement, les salariés mettent en avant les nombreux manques d’hygiène auprès des soutiens qui passent sur leur piquet de grève. « La séparation entre le propre et le sale n’est pas correctement réalisée afin d’augmenter la cadence de travail. » Pour la direction, le mélange du linge taché et du linge contaminé doit permettre d’aller plus vite… Idem, on leur fait stocker le linge à l’extérieur pendant de longues périodes, ou encore on leur interdit de relaver du linge propre tombé au sol… Et tant pis pour les usagers et le personnel des hôpitaux dont s’occupe Pamar, la productivité d’abord ! Bref, rien ne va, et quand les salariés le signalent, la réponse de la direction est invariable : « Ce ne sont pas vos problèmes, vous êtes là pour travailler et écouter les ordres ! »

Les petites frappes de Pamar

Et c’est l’autre sujet qui revient dans les discussions avec les grévistes, un management digne du 19e siècle, aux relents racistes. La cheffe d’équipe ne rate pas une occasion de comparer les collègues à des singes… Quant aux rapports quotidiens avec la hiérarchie, ce sont des menaces, des humiliations et des insultes. Si l’été, ils demandent de l’eau face à des chaleurs insupportables, la réponse fuse : « Vous ne voulez pas du thé et des gâteaux non plus ? » Pour pouvoir poser des congés ou des jours de repos, ils se retrouvent confrontés à la bonne volonté de la cheffe qui se plaît à répéter : « C’est moi le bon Dieu »… La fille de la cheffe travaille aussi à Pamar et là aussi, il ne faut pas compter sur une quelconque once de respect : « Si vous n’êtes pas là samedi, je vous encule »…

C’est une question de dignité que les grévistes expriment dans leur mouvement. Le mouvement a commencé par une lettre à l’inspection du travail en décembre. En guise de réponse, la direction a envoyé un véritable commando pour faire taire les salariés. Dans la presse locale, un gréviste témoignait : « C’était un guet-apens. Après nous avoir pointés du doigt à tour de rôle, la cheffe d’équipe s’en est allée et son mari a pris le relais. Il a menacé de nous décapiter, jurant qu’il était prêt à tuer pour sa femme. »

Une grève qui dure

Après vingt jours de droit de retrait et devant le silence de la direction qui multiplie les provocations en entamant des procédures de licenciement contre des grévistes ou encore en embauchant des intérimaires pour faire le travail, une vingtaine de salariés se sont mis en grève depuis le 15 janvier. Chaque jour, le piquet de grève est installé et reçoit de nombreuses marques de soutien en particulier de la part des automobilistes qui passent dans cette zone industrielle. Vendredi 16 février, grévistes et soutiens se sont rassemblés devant l’Agence régionale de santé pour pointer les manquements à l’hygiène et les risques provoqués par la soif de profits du groupe Pamar. Le 23 février, ils ont envahi l’inspection du travail pour notifier les nombreuses entorses au Code du travail.

Aucune démoralisation du côté des grévistes qui ont lancé leur caisse de grève pour tenir dans la durée : https://www.cotizup.com/solidarite-financiere-pamar

Correspondants