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Austérité : le gouvernement saigne l’éducation

Jeudi 1er février, grève de l’Éducation nationale. Une enseignante exprime sa solidarité avec les AESH, collègues notoirement sous-payées.

Jeudi 22 février, les enseignants et enseignantes de collège attendaient la publication d’un arrêté, celui qui allait enfin cadrer les très décriés groupes de niveau. Depuis plusieurs semaines en effet, c’est sans texte de référence et au doigt mouillé que la hiérarchie s’efforce de traduire la volonté ministérielle de mettre ces groupes en place pour tous les cours de maths et de français en classes et sixième et de cinquième dès septembre prochain.

Ce jeudi 22 février, un texte a bien été pondu par le ministère. Surprise, ce n’était pas l’arrêté attendu, ou plutôt redouté, mais un décret répondant à l’appel de Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, à tailler dans les dépenses de 2024 – Le Maire réclame 10 milliards d’euros d’économies. Au total, l’Éducation nationale cède 692 millions d’euros. Le site d’information spécialisé dans l’éducation Le Café pédagogique a épluché l’arrêté et sorti sa calculette1. Verdict : suppression de 1 740 postes de profs en collège et lycée et de 2 620 postes pour la maternelle et le primaire, et 1 760 sur tous les niveaux dans le privé – pour les écoles privées « sous contrat », c’est en effet l’Éducation nationale qui paye les enseignants et enseignantes. À ces chiffres non négligeables s’ajoute la véritable saignée des assistants et assistantes d’éducation (surveillants et surveillantes de collège et lycée) et des accompagnants et accompagnantes d’élèves en situation de handicap (AESH) : 4 600 postes à la trappe. Au total, pas loin de 11 000 suppressions d’emplois !

Les 2 300 créations de postes annoncées pour les groupes de niveau en collège semblaient bien loin des nécessités, même au très modéré syndicat des chefs d’établissement, le SNPDEN-Unsa, qui chiffrait les besoins à au moins 7 000. Elles sont finalement rayées d’un trait de plume ! Tous les enseignants et enseignantes sont visés par la purge, de la maternelle au lycée, et même au-delà car le ministère de l’Enseignement supérieur voit pour sa part 904 millions d’euros de crédits annulés !

Comme le souligne François Jarraud du Café pédagogique, les ministères de la Défense et de l’Intérieur sont relativement épargnés, à l’inverse de l’écologie (2,2 milliards d’euros annulés, dont une petite partie pour la rénovation thermique des écoles, qui en ont souvent dramatiquement besoin !), de l’aide au développement (742 millions), de l’aide à l’emploi (1,1 milliard) ou au logement (300 millions).

Aux dernières nouvelles, il n’est par contre pas question de revenir sur l’aide aux grandes fortunes, aux actionnaires et au CAC 40, qui cumulent près de 200 milliards d’aides, exonérations de cotisations et subventions diverses et variées. Avec ne serait-ce que 10 % de cette somme, il serait largement possible d’offrir à tous les enfants de ce pays un enseignement par des professionnels correctement formés et payés, en groupes réduits pour favoriser l’apprentissage, et dans des locaux propres et – pourquoi pas ? – beaux. Et avec les 90 % restants, nul doute qu’on pourrait s’attaquer à bon nombre de maux de cette société qui ne tourne que pour les riches. Reprendre ce que ces derniers nous volent tous les jours par l’exploitation, mais aussi par le fonctionnement d’un État décidément à leur service, cela devient de plus en plus vital…

Mathieu Parant

1  François Jarraud, « Près de 11 000 emplois supprimés à l’Éducation nationale », http://cafepedagogique.net, 22 février 2024.