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Avis de gros temps à Météo-France

Alors que les pluies diluviennes, les plus intenses jamais recensées sur le territoire français , ont plongé plus de 10 000 personnes dans le sinistre rien que dans le département de Calais, Météo-France cherche à supprimer des postes de prévisionnistes. Cela fait des années que le service public veut automatiser les outils de prévision et rêve de bulletins météo entièrement conçus par l’intelligence artificielle. La réorganisation à laquelle doit donner lieu ces nouveaux outils, deux fois reportée, en 2021 et 2022, a eu lieu les 13 et 14 novembre, alors même que le service informatique signale qu’il n’est toujours pas capable de faire fonctionner les nouveaux outils de prévisions automatiques.

Les prévisionnistes de Météo-France se relaient 24 heures sur 24 en horaires postés pour observer l’évolution des facteurs météorologiques et les reporter sur des bulletins météo supports des informations délivrées au public. Mais les bulletins servent aussi des commandes privées, dans l’agriculture par exemple où des anticipations plus précises sont parfois requises. L’automatisation permettrait de réduire de moitié l’équipe qui assure la surveillance la nuit, soit 50 emplois, environ un dixième des prévisionnistes de Météo-France. Cette suppression d’effectifs doit être compensée par la mise en place d’astreintes, dont le personnel serait sollicité en cas de tonnerre grondant plus fort que prévu. Très mal payées, ces astreintes s’inscrivent dans une série de mesures qui promettent de dégrader les conditions de travail du personnel restant dont le cœur d’activité perdra en attrait car se limitant à une vérification des bulletins météo. Par ailleurs, le bulletin automatisé, s’il est relativement efficace pour anticiper des événements globaux (comme pour la tempête Ciaran) donne des résultats plus aléatoires pour les prévisions précises, quand il s’agit, par exemple, de déterminer la densité réelle des averses (orageuses ou non). Les prévisionnistes alertent donc de la dégradation du service météo induit par ces changements.

Rythme et durée de travail vont augmenter. La batterie de prévisionnistes postés en situation de type « calme » paraît une hérésie pour la direction et qu’importe que celle-ci puisse, comme le disent les marins, précéder la tempête, situation qu’il faudra affronter à effectifs réduits. La direction utilise aussi le changement de statut du personnel, auparavant techniciens et maintenant ingénieurs, pour compléter le service par des horaires de bureau. Ainsi les prévisionnistes alterneront travail en bureau, d’astreinte et posté…

Les prévisionnistes ne sont pas restés passifs face à cette nouvelle attaque. Des assemblées générales se sont tenues, dispersion oblige, en réunion vidéo, réunissant de 70 à 170 travailleurs. Ils ont décidé ensemble de journées de grève ainsi que d’un carnet de revendications : suppression des astreintes et dédoublement des postes de nuit, ouverture du travail à distance grâce à quoi ceux qui veulent changer de poste ne seront pas obligés de se faire muter à Toulouse (car tous les autres services sont centralisés à Toulouse) et la possibilité d’une correction de la prévision automatique efficace et directement en région, là où est actuellement proposée cette correction lourde d’utilisation et d’outils.

La grève de lundi 13 novembre dernier a été l’occasion pour 56 prévisionnistes de dire non. À cette étape, bien que le mécontentement dépasse largement ce secteur, le reste du personnel de Météo-France ne s’est pas mobilisé. Cette grève n’est certainement pas la dernière et il s’agira d’agglomérer les autres colères qui existent bel et bien.

Correspondant