Nouveau Parti anticapitaliste

Nos vies valent plus que leurs profits

Ça chauffe chez Grand Frais

Les caissières et caissiers du Grand Frais de Saint-Priest-en-Jarez, à côté de Saint-Étienne, rejoints par les équipes des magasins de Firminy et d’Andrézieux-Bouthéon, entament à présent leur quatrième semaine de grève. C’est historique : la direction n’avait encore jamais eu à faire face à autant de combativité dans ce magasin qui n’avait jusqu’alors connu aucune grève. Mais aujourd’hui la coupe est plus que pleine et la détermination est au rendez-vous.

Pourtant les obstacles sont nombreux. À Grand Frais, tout a été organisé pour empêcher la solidarité entre les travailleurs, selon le vieil adage « diviser pour mieux régner ». Ainsi chaque rayon a son propre sous-traitant – Despinasse à la boucherie, Fruitprix pour les fruits et légumes, etc. – qui définit ses propres conditions de travail, ses petits avantages, négociés au cas par cas. Difficile dans ces conditions pour les grévistes d’étendre leur mouvement à l’ensemble du magasin, alors même que beaucoup de leurs collègues sont solidaires du mouvement.

Les caissières de Grand Frais ne se sont pourtant pas laissé démonter, bien décidées à obtenir gain de cause. Leurs revendications ? Une augmentation de 2 euros brut de l’heure, soit environ 150 euros net par mois, quand certaines, avec plus de trente ans d’ancienneté, sont toujours payées au Smic. Elles demandent aussi l’embauche d’une équipe dédiée au nettoyage – car, en plus de tenir la caisse toute la journée, il faut aussi qu’elles fassent le ménage de tout le magasin. En tout, une liste de neuf améliorations portant sur les salaires et les conditions de travail a été remise à la direction.

Si celle-ci a bien entendu le bruit des casseroles devant son siège à Givors (Rhône) jeudi dernier, elle reste pour le moment sourde à toutes les revendications. Le patronat cherche plutôt à casser la grève en faisant venir des employés précaires en CDD pour remplacer temporairement les équipes de caisse. Mais les files d’attente s’allongent pour les clients, le magasin tourne au ralenti, et les stocks ne sont pas écoulés. Et cette grève inédite, après s’être étendue à l’agglomération stéphanoise, commence à donner des idées aux salariés d’autres magasins : ainsi à Mions en banlieue lyonnaise, où ils se sont mis en grève le 24 juin dernier.

Qu’elle prenne un coup de chaud ou des sueurs froides, il faudra bien que la direction finisse par entendre raison. Qu’elle cède aux demandes de celles et ceux qui font tourner le magasin au quotidien, c’est la moindre des choses.

Correspondants, 3 juillet 2023