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Centenaire de la mort de Lénine : quel héritage pour les révoltes d’aujourd’hui ?

Comme toute une génération de jeunes intellectuels russes (mais aussi ukrainiens, polonais, juifs, etc.) révoltés contre la barbarie du régime tsariste, Lénine avait trouvé dans le marxisme « l’alliance du socialisme et du mouvement ouvrier » capable d’édifier une société véritablement libre, une société communiste.

Lénine n’était-il pas un dictateur ? N’a-t-il pas pris le pouvoir par un coup d’État en octobre 1917 ?

La révolution de 1917 a été l’« irruption violente des masses dans le domaine où se règlent leurs propres destinées », comme l’a dit un autre dirigeant de la Révolution russe, Léon Trotski. Celle-ci fut la réalisation de dizaines de millions d’hommes et femmes qui cherchaient à répondre aux problèmes les plus pressants pour leur survie : « la paix, le pain, la terre » furent les trois mots d’ordre qui soulevèrent le peuple russe, avec pour fer de lance de cette mobilisation la classe ouvrière, concentrée dans les principales villes.

Une révolution sociale bouleverse tout sur son passage. Au cours de son soulèvement, la population avait pris la parole et ne voulait plus la rendre. Elle a bâti un régime de démocratie directe : à la monarchie tsariste a succédé la république des Conseils − les fameux soviets − sur tout le territoire de l’ex-Empire russe.

Toutes les vagues tentatives de réforme agraire avaient auparavant échoué, minées par une approche bureaucratique qui se refusait à léser les possédants. Le nouveau régime soviétique a pris le problème à la racine : que les paysans constituent leurs propres conseils et décident eux-mêmes du partage des terres ! Comme on le voit, la « dictature du prolétariat » qui avait remplacé la dictature des privilégiés s’est révélée infiniment plus démocratique que tout ce qui avait existé jusqu’alors. La démocratie directe était la base même du nouveau pouvoir. D’ailleurs, pour Lénine, ce n’était pas aux élites de diriger ce dernier, mais, disait-il, aux « cuisinières » qu’elles soient communistes ou non.

La dictature instaurée plus tard par Staline ne se situait-elle pas dans le prolongement du régime dirigé par Lénine ?

Suite à l’échec de la vague révolutionnaire du début des années 1920 en Europe, la jeune République soviétique s’est retrouvée isolée, en proie à une guerre civile attisée par ces puissances impérialistes. Les immenses difficultés du quotidien ont eu raison de la participation des masses aux organes du pouvoir. Une bureaucratie s’est substituée à elles et a exercé un pouvoir sans partage, muselant tous ceux qui oseraient prendre la parole. Tout le contraire, justement, de ce qu’avait mis en place la révolution dirigée par Lénine et Trotski. Staline était le chef de cette bureaucratie usurpatrice, la négation même de ce qu’avaient représenté les premiers dirigeants de la république soviétique.

Paralysé de la main et de la jambe droite dès mai 1922 après un attentat, Lénine n’a plus que quelques heures de travail chaque jour. Il prend conscience de l’ampleur de la bureaucratisation et prépare en alliance avec Trotski une offensive contre Staline et la bureaucratie… qui n’aura jamais lieu en raison d’une deuxième attaque qui le paralyse totalement. Ce drame est décrit par Moshe Lewin dans Le dernier combat de Lénine.

La révolution russe, c’était il y a plus de cent ans, contre une monarchie réactionnaire dans un pays arriéré. En quoi cela peut-il trouver un écho à notre époque mondialisée ?

La révolution soviétique n’était pas seulement « russe ». Pour Lénine comme pour les révolutionnaires européens, elle n’était que la première étape d’une révolution qui devait embraser le monde. Partie du « maillon le plus faible de l’impérialisme », la vague révolutionnaire déferla rapidement en Allemagne, en Finlande, en Hongrie, en Autriche, en Italie. Très rapidement, l’ensemble des opprimés du monde entier ont tourné leurs regards, et leurs espoirs, vers la Russie révolutionnaire. Pour assurer la victoire de la classe ouvrière et la fin des oppressions, Lénine s’est attelé à la fondation d’un véritable parti révolutionnaire mondial, la Troisième Internationale, en rupture avec l’Internationale sociale-démocrate qui s’était déchirée dès le début de la Première Guerre mondiale, chaque parti socialiste s’alignant sur les buts de guerre de sa propre bourgeoisie.

L’Internationale communiste trouva un écho extrêmement important au sein de la classe ouvrière internationale : des partis communistes de masse s’organisèrent en Europe, aux États-Unis, mais aussi dans les pays coloniaux et semi-coloniaux − c’est dès 1921 que furent par exemple créé le Parti communiste d’Égypte et de Chine.

Aujourd’hui, alors que les différentes puissances impérialistes continuent de semer guerre et misère, les classes populaires ont commencé à se soulever un peu partout ces dernières années, du Chili à la Colombie, de l’Algérie au Liban, de l’Iran à la Palestine. Mais un outil manque pour ouvrir une perspective commune à ces luttes : un parti révolutionnaire mondial des travailleurs.

L’heure est donc à reprendre le flambeau : transformer les révoltes en révolutions sociales. L’heure est à la mondialisation des luttes !

Stefan Ino

(Article paru dans Révolutionnaires, numéro 9, janvier 2024)