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Chunghwa Telecom (Taïwan) : manifestation sur fond de question des retraites

La question des retraites ne cesse de mobiliser le mouvement ouvrier à l’international. Ce 7 juillet, 2 000 travailleurs regroupés autour du syndicat de Chunghwa Telecom, mais également appelés par la fédération nationale TCTU, se sont mobilisés pour faire entendre leurs revendications pour une retraite plus juste à Taipei. Chungwha Telecom est l’opérateur mobile historique du pays, privatisé en 1996. À l’offensive sur leurs revendications, les manifestants exigent le rehaussement de la charge pour les entreprises dédiées aux retraites de 6 % à 15 %. Depuis 2005, ce taux n’a jamais été changé.

Retour sur les précédentes réformes

Jusqu’à 2005, le taux variait entre 2 et 15 % en fonction de l’ancienneté. Une réforme cette même année a entraîné un énorme recul pour les travailleurs : le taux est réduit à 6 %. Il est alors ouvert aux travailleurs souhaitant maintenir un taux de financement plus élevé de leur retraite (maximum 12 %) le droit de financer ces pourcentages supplémentaires eux-mêmes. De cette façon, l’État taïwanais a introduit le financement par capitalisation dans le privé.

En 2023, l’État s’est attaqué à la retraite des fonctionnaires. Tandis que la taxe était à 15 %, l’État ne financera désormais que 9,75 % et laissera les travailleurs financer la différence.

Suite à cette manifestation, quelles perspectives pour les travailleurs ?

Cette manifestation, bien qu’étant offensive sur les revendications, n’avait qu’un objectif pour les syndicats : menacer, avant d’appeler à la grève. Qui peut penser qu’une simple menace suffira pour faire reculer la classe capitaliste taïwanaise qui laisse pourrir la question des retraites depuis plusieurs décennies, ce qui force les seniors à ne jamais arrêter de travailler en raison d’une pension trop faible ?

À la fin de cette marche, des députés des quatre principaux partis (DPP1, KMT2, NPP3, TPP4) étaient présents, la bouche en cœur, pour rassurer les manifestants : ils sont ouverts à la discussion, disent-ils. Les syndicats, de leur côté, bien qu’ayant appelé à ce mouvement, se bornent ensuite à une position attentiste : crainte de révéler le rapport de force trop peu en leur faveur, incapacité à tenter de revendiquer à une échelle plus large que Chunghwa Telecom ou alors volonté délibérée de se limiter à une épreuve de force à fleurets mouchetés et dans le cadre d’une seule entreprise, et de s’en remettre à des partis politiciens considérés comme « amis » ?

À l’opposé d’une telle stratégie, qu’elle vienne des syndicats ou de partis bourgeois, les travailleurs ne peuvent attendre une victoire que de leur grève, sa contagion auprès de ceux des autres professions et entreprises qui ont tous vu depuis des années leur système de retraite se dégrader.

Pierrot Forey

 

 


 

 

1 Democratic Progressive Party, actuellement au pouvoir et qui poursuit une politique libérale. Le parti tient une ligne ambiguë entre le statu quo et l’indépendance formelle.

2 Kuomintang, parti nationaliste pro-Chine. Historiquement fondé en Chine, le parti a fuit la guerre civile perdue face au PCC.

3 New Power Party, fondé en 2014 suite au mouvement des tournesols, de centre-gauche.

4 Taiwan People Party, fondé en 2019 par Ko Wen-je, ancien maire de Taipei, très confus dans ses positions y compris vis-à-vis de la Chine.