Nouveau Parti anticapitaliste

Nos vies valent plus que leurs profits

Colère paysanne… Tout un petit monde vibrionne autour de la mobilisation des agriculteurs, chacun espérant sortir ses marrons du feu…

Petit accroc dans la cogestion

L’agitation dans les campagnes a commencé modestement à l’automne par le retournement des panneaux communaux. Cette opération orchestrée par le syndicalisme majoritaire parmi les agriculteurs (FNSEA-CNJA) visait à alerter les pouvoirs publics sur le mécontentement grandissant de la profession. Les causes de celui-ci sont si nombreuses qu’on pourrait parler de foultitude de raisons. C’est d’ailleurs pour la FNSEA, qui défend d’abord les intérêts des plus gros agriculteurs, le meilleur moyen de ratisser large pour s’assurer d’un minimum de succès dans la mobilisation. L’affiche appelant à la mobilisation à Toulouse est de ce point de vue parfaitement édifiante, elle est maigre mais chacun y met ce qu’il veut. Voilà ce qu’on peut y lire :

Agriculteurs, agricultrices, mobilisons-nous !

ACCÈS À L’EAU
Sans eau pas d’agriculture !

ACCORDS COMMERCIAUX
La concurrence est déloyale !

DIRECTIVES EUROPÉENNES
Marre d’être stigmatisés !

MALADIES, PRÉDATIONS
Nos élevages souffrent !

RENOUVELLEMENT DES GÉNÉRATIONS EN AGRICULTURE
Pas d’installations sans perspectives !

On peut dire sans se tromper beaucoup qu’un tel appel est un peu indigent, même si un bon programme devrait pouvoir tenir sur un ticket de métro…

Les revendications centrales du moment ne sont clairement pas énoncées, pourtant elles existent bien. Comme celle, entre autres, des taxes sur le GNR (gazole non routier, +5,99 centimes par litre), carburant des engins agricoles, qui vont s’ajouter année après année jusque 2030. Une exploitation, selon sa surface, ses productions et son matériel, consomme entre 120 et 800 litres de GNR par hectare et par an. En période de labours ou de moisson, plusieurs centaines de litres de GNR sont utilisés chaque jour, plusieurs milliers pour les plus grosses fermes… Ce GNR, jusqu’alors relativement défiscalisé, sera vendu plus cher parce que l’État veut récupérer quelques milliards d’euros de ce côté et prétend décarboner de cette manière progressivement l’agriculture. Mesure qui ne passe pas chez les agriculteurs pour qui ce carburant est indispensable au travail et qui nécessitera plusieurs dizaines de milliers d’euros de dépense annuelle supplémentaire.

Tout comme l’inflation sur les prix des matériels et des produits nécessaires aux productions animales et végétales qui creuse dangereusement le revenu agricole. Le tassement des prix payés à la production par les industriels et la grande distribution contribue conjointement au même résultat. Peut-on s’étonner ensuite que la moitié des paysans français sont sous-smicards ?

Et toute cette paperasserie horripilant les agriculteurs qui y consacrent trop de temps. Là aussi il existe une véritable inflation de normes à respecter et de déclarations à fournir. Ce rejet épidermique est très largement partagé par tous les secteurs de production.

La FNSEA et le CNJA qui possèdent un véritable brio pour instrumentaliser les difficultés paysannes, cherchent à établir le rapport de force qui leur permettra d’obtenir de l’État quelques compensations et engagements pour continuer ensuite à gérer de concert la politique agricole du pays et accessoirement de garder le leadership syndical…

Macron, Attal, Fesneau, panique à bord !

La crainte du gouvernement est que, de l’épicentre de la contestation dans le Sud-Ouest, le mouvement se propage dans toute la France, ce qui est tout à fait possible avec la représentation de la FNSEA dans chaque canton du pays et compte tenu du niveau de ressentiment à la base. Et la Coordination rurale, deuxième syndicat, entre dans la danse depuis quelques jours. Seule la Confédération paysanne reste à l’écart pour l’instant, car elle juge que les revendications mises en avant par la FNSEA sont contradictoires avec les siennes, notamment en ce qui concerne l’écologie et ces fameuses « normes » contre lesquelles vouloir lutter est souvent synonyme de « droit à polluer ». Mais on peut retrouver certains de ses militants sur les barrages car quand tout le monde autour s’y met et qu’on est aussi en colère par ailleurs, pourquoi rester l’arme au pied ? Les risques de blocages, violences et dégradations, hantent les pouvoirs publics et c’est pour cette raison que les préfets ont reçu des délégations partout où ça bouge. En pure perte, ils n’avaient rien à offrir.

Macron est travaillé par les élections européennes : comment s’éviter une crise avec le monde rural quelques mois avant les élections ? Pour ce qui est du salon de l’agriculture début mars, pas sûr qu’il pourra y aller tâter le cul des vaches sereinement…

En conséquence, le gouvernement adopte une politique de « deux poids, deux mesures » pour tenter de ne pas envenimer la situation. Il a la sanction autoroutière à géométrie variable. Si vous êtes agriculteur et que vous occupez l’autoroute A64 pendant plusieurs jours, il vous envoie le préfet pour causer un peu. Si vous êtes contre les travaux du contournement Est de Rouen, que vous appartenez aux Soulèvements de la Terre, et que vous bloquez quelques heures l’A13, c’est le préfet qui vous envoie ses flics et vous serez jugés et écoperez d’amendes et de peines de prison.

Les campagnes en ébullition, le RN frétille…

Jordan Bardella s’est fendu d’une visite à la ferme, histoire de flairer le coup à faire. Lui aussi a en tête plusieurs élections à venir… Il y va donc de son credo contre le libre-échange, les taxes et les normes européennes, décrétant la nécessité impérieuse d’un état d’urgence agricole… Il chasse sur ses terres, celles de la « France éternelle », blanche, qui travaille, la France des coins et des recoins champêtres. Une image d’Épinal… dont il espère se servir comme d’un marchepied pour gagner des voix.

Un mouvement qui gagne l’Europe…

Allemagne, France, Pays Bas, Pologne, Roumanie : avec des revendications souvent très différentes la fièvre a gagné du terrain. Les paysans européens sont mis à rude épreuve par les marchés, le capitalisme sans frein et les contraintes administratives nationales et européennes. Ils savent que leur profession est au cœur de la transition écologique et ne veulent pas en être les victimes principales.

Il faudra encore du temps, et des expériences, pour que les paysans saisissent l’intérêt de rompre avec un système qui les exploite durement, comme il exploite durement toutes les ressources naturelles et se moque éperdument de l’avenir de l’humanité !

Marty Leterrien