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Congo : les trusts miniers fauteurs d’une guerre permanente en RDC

Ces derniers temps la recrudescence de violence sur les civils au Congo a fait ressortir un mot d’ordre : «  Free Congo ». Cédric Bakambu, célèbre footballeur jouant en ce moment pour la République démocratique du Congo (RDC) a voulu avoir une pensée pour la situation dans son pays1. Car la guerre a beau y être officiellement terminée depuis le début des années 2000, les combats font toujours rage, surtout à l’est du pays. Au point que, dans cette RDC au territoire si vaste que l’armée régulière est incapable d’en avoir le contrôle, la presse commence à avancer l’idée qu’on serait en train de sombrer dans une nouvelle guerre.

Depuis l’indépendance du pays, le colonialisme perdure2

L’administration du Congo, propriété personnelle du roi des Belges Léopold II, a été caractérisée par des atrocités et une brutalité systématique (10 millions de morts entre 1885 et 1908), incluant tortures, meurtres et l’amputation des mains d’hommes, de femmes et d’enfants quand les quotas de production dans les plantations de caoutchouc n’étaient pas atteints (ces quotas étaient bien sûr impossibles à tenir). Maintenir les populations des pays colonisés dans une violence permanente a permis d’asseoir la domination des impérialistes, et le roi des Belges, jouant des rivalités entre Anglais et Français, surenchérissait sur eux pour le contrôle du Congo.

La Belgique dut céder l’indépendance en juin 1960. Patrice Lumumba, le leader indépendantiste qui devint alors chef du gouvernement, était un nationaliste bourgeois mais qui rêvait d’un développement économique pour son pays. Il apparaissait trop radical aux yeux des grandes puissances impérialistes, et notamment pour les compagnies qui exploitaient les immenses ressources minières du pays. Au lendemain de l’indépendance, en juillet, la Belgique organisait la sécession de la province du Katanga, royaume de l’Union minière belge qui y exploitait notamment les gisements de cuivre. Avec l’appui des grandes puissances, en septembre, le chef d’état-major, le général Mobutu, faisait son premier coup d’État en arrêtant le Premier ministre, Patrice Lumumba. En janvier 1961, il livrait son prisonnier aux soldats katangais qui se chargèrent de l’assassiner sous l’œil de militaires belges et d’agents de la CIA. Le Katanga réintégrera le Congo en 1963 et le général Mobutu devint dictateur du pays pour plus de trente ans grâce à un nouveau coup d’État en 1965.

La république du Congo naissait déjà sous la houlette des affrontements régionaux et coups d’États actionnés en sous-main par les compagnies minières et leurs rivalités.

Un déséquilibre régional, fruit des rivalités des anciennes puissances coloniales

Le Rwanda voisin, lui aussi ex-colonie belge, mais où la France avait aussi trouvé à prendre pied, connut des affrontements régionaux et communautaires, alimentés par les grandes puissances qui avaient, pour mieux dominer, attisé les rivalités entre les deux principales communautés du pays, les Hutus et les Tutsis. Ils culminent en 1994 avec le génocide des Tutsis par les bandes armées des extrémistes hutus, soutenues par l’armée française. Les responsables du génocide d’un million de Tutsis, finalement évincés du pouvoir, s’enfuirent dans l’est de la RDC, où de nombreuses milices vont se former autour d’anciens génocidaires.

D’autres instabilités naîtront dans le sud du Congo, comme en 1996 la révolte des Banyamulenge, apparenté aux Tutsis du Rwanda. Un certain Laurent-Désiré Kabila saisira alors l’occasion pour monter un mouvement : l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL). Ils s’implanteront au travers d’une guérilla dans la province du Kivu, dont Kabila avait déjà fait son fief. Le leader rebelle rentrera dans la capitale Kinshasa en mai 1997. Il avait notamment l’appui des États-Unis pour qui le régime corrompu de Mobutu, qu’ils avaient longtemps soutenu, paraissait désormais trop usé. Pour financer ses troupes, Désiré Kabila vendait par avance aux trusts américains, canadiens et autres des contrats d’exploitation des mines du pays. Kabila, qui avant sa prise de pouvoir n’avait aucun discours sur les troupes étrangères rwandaises ou la «  vermine tutsi », se mit, une fois au pouvoir, à faire de ce communautarisme ou racisme un de ses thèmes de propagande. D’autant qu’à peine son arrivée au pouvoir, une nouvelle guerre allait éclater, notamment dans la province du Kivu. Elle ne se termina qu’en 2002 à la suite des interventions de différentes troupes étrangères, zimbabwéenne, namibienne et angolaise alliées du gouvernement Kabila et rwandaise, ougandaise et burundaise alliées des rebelles. Un accord fut finalement signé sous l’égide de l’Afrique du Sud et un gouvernement provisoire mis en place, sous la direction de Joseph Kabila, fils du dictateur en janvier 2001.

Cette guerre des années 1990 aura causé trois millions de morts et laissé de graves séquelles dans les mémoires des Congolais.

Des richesses qui attirent toujours les convoitises

Vingt ans plus tard le pays est toujours en proie aux rivalités et aux guerres. Mais ses richesses coulent à flot dans les coffres des grandes compagnies minières, américaines, européennes et depuis des années déjà aussi les grandes entreprises chinoises.

Si, à l’époque de la colonisation, c’est le caoutchouc qui attirait les convoitises, avant que le cuivre ne devienne la principale source de rapacité des compagnies des grandes puissances dans le pays, sans oublier les mines d’or), aujourd’hui c’est dans les métaux rares que se jouent les rivalités entre impérialistes. Premier producteur de cuivre en Afrique, la RDC est également premier producteur au monde de cobalt (70 % de la production mondiale). Ces minerais très importants pour les batteries, mais aussi pour toute l’électronique, font du Congo le terrain d’affrontement entre puissances étrangères, États-Unis, Chine, Russie, France… De l’entreprise américaine Tesla à la chinoise BYD, les industriels de l’automobile lorgnent sur ces richesses, mais aussi les géants des smartphones (Apple, Huawei, Samsung, Xiaomi…) et même les constructeurs d’éoliennes.

La convoitise n’est pas moindre pour les diamants. Le régime actuel assure de ne pas mettre sur le marché les diamants de la guerre, pourtant des entreprises libanaises à Anvers ou le diamantaire israélien IDI Diamonds exploitent les « diamants du sang » qui proviennent d’exploitations gérées par des bandes armées et exploitées dans des conditions de travail effroyables.

La république du Congo n’a connu que des années de guerres en 60 ans d’indépendance. Mais il a connu aussi des grèves : celles d’un consortium minier au Katanga (nationalisé et reprivatisé), en 20073, puis en 2018, grève aussi en 2015 dans l’entreprise minière Ruashi Mining, filiale d’un groupe chinois, ou tout récemment celle des transporteurs routiers à l’automne dernier, menaçant de perturber le marché du cobalt et du cuivre, pour ne citer que quelques exemples.

Et si demain les travailleurs se retournaient massivement contre les chefs de bandes qui les font trimer, et contre les patrons en costard-cravate (bourgeoisie locale et étrangère) qui empochent les bénéfices, alors l’histoire du Congo enfin changerait.

David Sauter

 

 


 

 

1  Voir le tweet de Cédric Bakambu : https://twitter.com/Bakambu17/status/1754471589469422026

2  Sur l’historique de la RDC on peut regarder la vidéo de « Canard Refractaire » : https://www.youtube.com/watch?v=D-gMOLryXdo

3  « Katanga Business » (2009) du cinéaste belge Thierry Michel.