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Emmaüs : les compagnons sans-papiers de Grande-Synthe rejoignent la lutte pour la régularisation

Des conditions de travail inacceptables et teintées de racisme

Le 22 août, 21 compagnons sans-papiers d’Emmaüs de Grande-Synthe, à proximité de Dunkerque (Nord), se sont mis en grève illimitée, sur un total de 42 compagnons. Cette lutte a démarré après qu’ils ont été méprisés pour avoir demandé l’augmentation de 350 à 392 euros du pécule qu’ils reçoivent pour leur activité. Celle-ci consiste dans la réception, le tri et la vente dans le magasin local et au dépôt de meubles de l’association, entre 35 et 40 heures par semaine.

Mais la colère de ces hommes et femmes venus de divers pays d’Afrique et d’Europe de l’Est vient de loin. Sur place, ce sont des humiliations racistes que subissent ces travailleurs dont la vulnérabilité profite à la direction, qui les fait travailler quelquefois au mépris de leur état de santé, se montrant autoritaire au quotidien. Leurs conditions de travail en tant que compagnons, statut qui empêche de prétendre aux mêmes droits que les salariés, dépendent en effet de la bonne (ou mauvaise) volonté des directions de communautés.

Un statut hybride qui rend difficile l’obtention d’un titre de séjour

Les compagnons Emmaüs de Grande-Synthe revendiquent leur régularisation immédiate pour bénéficier des mêmes droits que les autres travailleurs. Leur statut de « travailleurs solidaires », non encadré par le Code du travail avec la création en 2008 du statut OACAS (organisme d’accueil communautaire et d’activités solidaires), transforme l’obtention d’un titre de séjour en parcours semé d’embûches1. Par conséquent, coincés dans leurs démarches administratives, bien des compagnes et compagnons sans-papiers se retrouvent enfermés en communauté Emmaüs ; y rester n’est pas un choix : « On se sent retenus prisonniers », témoigne l’un des grévistes présents. Alors, quand l’enfermement se transforme en esclavage, quand on rajoute à cela les brimades à caractère raciste, la coupe est pleine et la colère explose.

Les grévistes n’échappent pas aux menaces de la direction du site, qui a envoyé le 29 août un huissier et la police les menacer d’une astreinte de 400 euros par jour s’ils ne quittaient pas les lieux. Mais cette stratégie de chantage n’a pas réussi : « On a travaillé, maintenant on veut des papiers ! »

La grève des compagnons sans-papiers d’Emmaüs s’étend

Sur le piquet de grève, c’est le fonctionnement de cette société qu’on remet en question : « Pourquoi on est pourchassés avec des OQTF alors qu’on participe au travail dans ce pays, comme les autres ? » demande un gréviste. Pour que cela change, beaucoup sont conscients qu’il faudra tenir, lutter avec acharnement et s’allier à d’autres dans la même situation. Cette grève à Grande-Synthe rejoint d’ailleurs celle initiée par les 21 compagnons de la Halte Saint-Jean2, à Saint-André-lez-Lille. Ces derniers sont en lutte depuis plus de deux mois pour dénoncer ces mêmes conditions d’exploitation intolérables. En contact étroit, les deux communautés comptent bien élargir leur mouvement à toutes celles et ceux qui subissent la même situation au sein de l’association, et faire pression sur la direction d’Emmaüs qui refuse de les écouter. Ils ont pour eux leur détermination et leur unité.


Correspondant

 

 


 

 

1 Source : https://www.cairn.info/revue-plein-droit-2020-3-page-24.htm

2 Voir l’article de notre site : À Emmaüs, les travailleurs sans-papiers de la Halte Saint-Jean en guerre contre l’exploitation et le racisme