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En pleine surenchère xénophobe, l’opération Wuambushu s’accélère à Mayotte

Lundi 22 mai à 7 h 30 (heure locale) débutait à Mayotte le « décasage » du bidonville Talus 2, visant à démolir 135 habitations. Deux nouvelles décisions de justice sont revenues sur la décision du tribunal administratif de Mayotte, fin avril, de suspendre la démolition de ce bidonville. Désormais, l’opération Wuambushu (qui signifie « reprise » en mahorais) ordonnée par le gouvernement Macron-Darmanin reprend de plus belle avec le rasage de ces cases en tôle. Et au-delà de Talus 2, l’objectif du gouvernement est de démanteler un millier de logements insalubres en quelques mois, de procéder à des milliers d’expulsions, mais aussi de « tourner la page des retraites » en virant à droite toute, car cette opération médiatisée met en scène la politique migratoire que le gouvernement veut mener en France métropolitaine également.

Alors qu’il est en difficulté à l’Assemblée, le gouvernement se radicalise de concert avec Les Républicains sur le terrain de l’immigration. Ces derniers sont d’ailleurs à la tête du conseil départemental de Mayotte et demandent toujours davantage de policiers et de mesures anti-migrants, en assimilant ces derniers à des délinquants.

Sur cette île dont la France a fait son cent-unième département et qui fait partie de l’archipel des Comores, les migrants comoriens constituent aujourd’hui la moitié des 300 000 habitants de l’île. Mayotte est frappée par une pauvreté considérable : les trois quarts de la population vivent sous le seuil de pauvreté, qu’ils soient immigrés « réguliers » ou non, français ou non. La destruction des habitations en tôle, les contrôles généralisés et les rafles peuvent ainsi concerner toute la population pauvre de l’île.

Lors de ces décasages militaires, comme celui de Talus 2, la police et la gendarmerie détruisent les habitations par douzaines, alors que les familles y vivent depuis des dizaines d’années. À Talus 2, certains habitants sont même contraints de démonter eux-mêmes leurs cases pour sauvegarder quelques affaires, quelques morceaux de tôle. Les solutions de relogement proposées par la préfecture sont indécentes (proposer à des familles nombreuses de s’entasser dans trente mètres carrés) et n’arrivent « qu’au fur à mesure », ne concernent que « la moitié des familles » (de l’aveu même du préfet), pour quelques mois seulement… et après ?

Les enfants subissent de plein fouet ces expulsions et relogements forcés, parce qu’ils sont les plus vulnérables. Ces jeunes, accusés par les autorités d’être délinquants, se retrouvent bien souvent isolés après l’expulsion de leurs parents et doivent se débrouiller pour survivre. Si violence il y a, c’est celle qu’ils ne cessent de subir par la politique coloniale et xénophobe de la France à Mayotte.

Mayotte, laboratoire des politiques réactionnaires

Le gouvernement et Les Républicains testent leur politique anti-immigration à Mayotte, en appliquant sensiblement la même politique que Le Pen. Dans une interview au Journal du dimanche du 21 mai, les patrons des Républicains entendent mettre la pression sur le gouvernement pour durcir sa loi Darmanin déjà odieuse envers les migrants et les sans-papiers. Ils demandent par exemple la suppression de l’aide médicale d’État (AME), qui permet aux sans-papiers de bénéficier tant bien que mal d’un accès aux soins, ainsi que de rendre impossible l’acquisition de la nationalité française par des enfants nés sur le territoire de parents étrangers. Ces mesures existent déjà en partie à Mayotte depuis 2018, mais elles n’empêchent évidemment pas l’immigration venue des Comores. En effet, malgré les 25 000 expulsions en moyenne effectuées par an, nombreux sont les Comoriens qui continuent d’effectuer la traversée pour tenter leur chance à Mayotte, tant la misère est importante dans les autres îles de l’archipel. Les politiciens xénophobes le savent bien : les mesures qu’ils proposent ne sont en réalité rien d’autre que des attaques contre les pauvres.

Face au flot de démagogie raciste et xénophobe qui donnent du poids au Rassemblement national et à Reconquête (qui fait tranquillement le lien entre la « submersion migratoire de Mayotte » et la thèse raciste du « grand remplacement » dans l’Hexagone), nous ne pouvons pas compter sur une gauche silencieuse qui n’a que le « protectionnisme économique » à la bouche et ne se gêne pas pour parler de « frontières passoires » (Fabien Roussel). Aucune frontière ne peut servir de « protection » aux travailleurs.

Le sous-développement de l’île (et de l’archipel) est une conséquence de l’activité de l’impérialisme français dans la région et des frontières meurtrières qu’il a tracées en divisant les peuples. Aujourd’hui comme hier : abolissons les frontières !

Stefan Ino