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États-Unis-Chine : l’impérialisme dominant en prise avec un nouveau rival

À la fin du siècle dernier, les néo-conservateurs, un groupe de politiciens et d’intellectuels de droite américains, affirmaient que, l’Union soviétique disparue, les États-Unis deviendraient la seule superpuissance capable d’imposer sa volonté et ses intérêts au monde entier pendant le siècle à venir. Ironiquement, ce « nouveau siècle américain » a été très court. Il y a eu les bourbiers en Irak et en Afghanistan. Et, aujourd’hui, l’impérialisme américain se retrouve, économiquement et militairement, plus contesté qu’auparavant, notamment par l’essor de la Chine. Celle-ci compte 124 entreprises parmi les 500 plus grosses entreprises mondiales, avec le développement de quasi-monopoles sur leur marché national qui, petit à petit, en viennent à être des concurrents potentiels aux firmes occidentales. La bourgeoisie chinoise cherche maintenant à capitaliser sur son positionnement dans l’économie mondiale pour se faire une place au soleil dans le ciel du système impérialiste mondial… déjà bien encombré ! Ses investissements à l’étranger ont été multipliés par huit au cours des quinze dernières années. Depuis 2013, la Chine a dépassé les États-Unis en tant que premier investisseur étranger direct en Afrique et est également le deuxième partenaire commercial de l’Amérique du Sud. La Chine a également entrepris des investissements massifs au Moyen-Orient, en alliance avec les États du Golfe, l’Irak et l’Iran. « L’accord stratégique global » Iran-Chine, signé en 2021, représente un investissement estimé à 400 milliards de dollars. Si l’influence de la Chine s’est jusqu’à présent exercée essentiellement par le biais d’outils de « soft power », elle se prépare aussi à l’éventualité d’une transformation de sa compétition avec les États-Unis sur un plan militaire. En 2022, la Chine a été le deuxième pays au monde – derrière les États-Unis qui restent loin devant – à dépenser le plus pour son armée, avec 292 milliards de dollars, et développe notamment ses forces navales.

Devant ce poids montant de la Chine, on assiste à une inflexion sensible de la politique américaine pour endiguer ce développement. Sous la présidence de Trump, elle s’est faite plus agressive avec une hausse sensible des droits de douane pour nombre de produits chinois et la volonté de couper l’accès aux marchés occidentaux à certaines entreprises technologiques chinoises comme ZTE et Huawei. Biden n’a pas été en reste depuis son élection, à travers notamment un embargo sur les importations chinoises des semi-conducteurs les plus performants, clefs dans les secteurs de haute technologie, et des machines pour les produire. Cette continuité entre les mesures prises par Trump puis Biden suggère qu’elles correspondent aux besoins de la classe capitaliste américaine dans son ensemble, dans sa concurrence qui s’exacerbe avec la Chine. Aujourd’hui, les partis démocrate et républicain s’accusent mutuellement d’être « mous vis-à-vis de la Chine » ou de protéger de manière inadéquate le « peuple américain » de la concurrence chinoise.

Les tensions entre les États-Unis et la Chine continuent de s’intensifier dans la région de la mer de Chine méridionale, haut lieu de passage du commerce international. Les États-Unis poursuivent par ailleurs leur alliance à long terme avec Taïwan, tandis qu’au cours des 20 dernières années, la Chine a développé plusieurs bases militaires dans la zone et multiplie les exercices militaires autour de l’île.

Que la Chine soit en mesure de s’affirmer aujourd’hui comme puissance régionale peut avoir des conséquences mondiales, selon la réaction de ses adversaires. La montée des dépenses militaires des États de la zone Pacifique, les confrontations en mer de Chine et leurs conséquences incertaines doivent rappeler que la guerre fait partie, et n’a jamais cessé de faire partie, du monde capitaliste.

L’augmentation des tensions s’accompagne de part et d’autre d’une rhétorique nationaliste de plus en plus agressive. Ces rivalités inter-impérialistes s’intensifient à la mesure que la crise rattrape l’économie mondiale – y compris en Chine. Les travailleurs n’ont pas à choisir entre l’un des camps en présence, qui sèment tous deux guerre et misère.

Boris Leto

 

 


 

 

(Cet article est paru dans un dossier du journal Révolutionnaires).

 

 

Sommaire du dossier paru dans Révolutionnaires, numéro 4