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Fédération de Russie : Boris Kagarlitsky en détention, tandis qu’Evgueni Prigojine court toujours !

Le 25 juillet dernier, différentes voix de gauche et d’extrême gauche russes, dont la chaîne Telegram du Mouvement socialiste russe (RSD, groupe lié à la IVe Internationale), alertaient sur une procédure pénale lancée par la justice de Poutine et les services du FSB à l’encontre de Boris Kagarlitsky, aujourd’hui âgé de 64 ans, politologue et sociologue connu pour son militantisme et ses ouvrages critiques à l’égard de la politique des dirigeants de l’URSS déjà, puis de la fédération de Russie. Quelques jours plus tard, Kagarlitsky était retenu en détention préventive pour deux mois, après un procès expéditif et sans avocat à Syktyvkar où il a été transféré, dans la république des Komis (au nord du pays, à 1300 kilomètres de Moscou). Pour « apologie du terrorisme » ou activité d’« agent de l’étranger », cet opposant à Poutine et tout particulièrement à la guerre en Ukraine lancée il y a maintenant dix-huit mois est menacé de sept ans d’emprisonnement.

Boris Kagarlitsky est une figure de l’opposition de gauche russe. Dissident sur des bases socialistes, il avait été emprisonné déjà en 1982 sous Léonid Brejnev et Iouri Andropov, ensuite en 1993 sous Boris Eltsine. Dans la décennie 1990, il avait été conseiller de la Fédération des syndicats indépendants de Russie (FNPR), avait pris position contre les deux guerres successives en Tchétchénie, dont celle du début des années 2000 qui a marqué le début du règne de Poutine. Un premier ouvrage d’analyse de la Russie post-soviétique, La Russie aujourd’hui, néo-libéralisme, autocratie et restauration, l’avait fait connaître en France en 2004. En 2018, l’Institut de la mondialisation et des mouvements sociaux (IGSM) qu’il dirigeait était déclaré « agent de l’étranger ». Le magazine en ligne Rabkor, animé par Kagarlitsky et d’autres, était également menacé. Dix jours d’arrestation administrative en 2021 pour avoir appelé à participer à des manifestations après les élections à la Douma d’État. En mai 2022, dans la foulée de l’agression guerrière de la Russie en Ukraine, Boris Kagarlitsky était déclaré « agent de l’étranger ». Et aujourd’hui, c’est donc la détention provisoire. Des collègues de Kagarlitsky, dont l’animateur Alexander Archagov (libéré sous le statut de témoin), Artem, l’administrateur de la chaîne Telegram Rabkor, le caméraman Valery et Anna Ochkina, ancienne candidate au poste de gouverneur de la région de Penza font aussi l’objet de poursuites et perquisitions. À l’instar de nombreux groupes révolutionnaires et personnalités de gauche et démocrates de divers pays, nous dénonçons évidemment cette répression : Liberté pour Kagarlitsky ! Liberté pour tous les prisonniers politiques ! Bas les pattes devant Rabkor !

Le durcissement de la répression politique contre les opposants à la guerre est indéniable. Poutine s’en vante ainsi, devant des journalistes russes : « Nous sommes en 2023 et la fédération de Russie est engagée dans un conflit armé avec un voisin. Et je pense qu’il faut adopter une certaine attitude à l’égard des personnes qui nous causent des dommages à l’intérieur du pays. » Soulignons un fait très politique : autant Poutine a fait preuve de clémence à l’égard d’un Evgueni Prigojine, patron de milices armées à la tête desquelles il a osé fin juin dernier un putsch militaire (même s’il l’a raté), autant Poutine voue à des années de prison des opposants de gauche, pour des mots dits ou écrits contre sa politique. Deux poids, deux mesures. Confronté à bien des facteurs d’instabilité que sa politique guerrière a renforcés, Poutine doit continuer à compter avec les brutes galonnées qu’il a engendrées.

Michelle Verdier, 31 juillet 2023