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France-Niger : qui aide qui ?

À la suite du coup d’État au Niger, Macron s’est empressé d’annoncer que la France arrêtait son aide financière au pays, question de faire pression sur les colonels qui ont pris le pouvoir. C’est quoi cette aide ? Celle de l’Agence française de développement (AFD) qui, sous ce nom pompeux, a versé au Niger 120 millions d’euros pour l’ensemble de l’année 2022 et en prévoyait autant pour 2023 : soit 4,8 euros par habitant (ils sont 25 millions), l’équivalent de quatre baguettes de pain par personne pour l’année !

Il ne s’agit bien sûr pas de moyenne par habitant, mais de « projets » soulageant quelques ministres, petits notables locaux ou affairistes : au mieux quelques dispensaires ou salles de classe, l’amélioration de quelques routes… si utiles au transport du minerai d’uranium ! Ou aussi de subvention à la distribution d’eau… dont a notamment bénéficié Veolia qui a, depuis 2001, le monopole de la distribution d’eau potable dans le pays1.

Minables aumônes dans un sens, tonnes d’uranium pour alimenter les centrales nucléaires françaises dans l’autre, pas besoin d’aller chercher bien loin pour savoir qui aide qui. Ni pour comprendre la haine grandissante, notamment dans la jeunesse nigérienne, contre l’impérialisme français, non seulement en raison du pillage des richesses du pays alors que la population vit dans la misère, mais en raison aussi des conditions mêmes de cette exploitation, celle des mines d’uranium en tout premier lieu.

La première grande mine d’uranium, celle d’Arlit, exploitée pendant 50 ans par le groupe Areva (devenu Orano) a fermé ses portes en 2021, réserves épuisées. Mais elle a laissé, parmi la population de cette ancienne bourgade devenue ville de 150 000 habitants, un taux de chômage de plus de 60 %, des eaux polluées et des malades dus à la radioactivité. Car la mine rejetait ses déchets en plein air : un terril de 35 mètres de haut sur une superficie de 120 hectares, que la compagnie promet maintenant de couvrir d’une chape de deux mètres d’épaisseur d’argile et de grès. Des travaux qui devraient durer jusqu’en 2030 pour un sarcophage à l’efficacité douteuse. Et la ville d’Arlit est devenue surtout un lieu de passage des convois de camions de migrants du Niger mais aussi des pays voisins, qui partent vers les ports de Libye à travers le désert, tenter leur chance en Méditerranée.

Un autre gisement voisin d’Arlit, à ciel ouvert celui-là, a pris le relais, qui devrait fournir EDF jusqu’en 2040, tandis que la mise en exploitation de celui qu’Orano a baptisé le « gisement du siècle », le site d’Imamouren, un peu plus au sud dans la même vallée, est prévue pour 2038. De beaux jours pour le nucléaire français et un ravage pour la région.

Seule consolation pour l’emploi, selon un ancien ingénieur d’Orano interviewé en avril dernier par une journaliste du Monde : « Heureusement qu’il y a les mines d’or. S’il y a encore un peu de stabilité dans la région, c’est sans doute grâce à elles. Ceux qui seraient susceptibles de prendre les armes ont au moins un peu de quoi s’occuper. »2 Merci pour l’occupation. Rappelons qu’il y a deux ans, en novembre 2021, l’effondrement dans une mine d’or du sud du Niger a fait 18 morts et que c’est pour avoir dénoncé les bavures d’un raid militaire dit anti-terroriste d’octobre dernier sur un site d’orpaillage de l’ouest du pays, faisant de nombreuses victimes civiles, que le fondateur du mouvement M623 s’est retrouvé en prison.

Que ce soit au Mali, au Burkina Faso, au Sénégal ou au Niger, on voit aujourd’hui une jeunesse prête à manifester contre le pillage des richesses de son pays et la misère dont le développement de bandes vivant du terrorisme n’est qu’un sous-produit.

Les colonels qui ont pris le pouvoir à Niamey ne se gênent pas pour utiliser ce sentiment anti-français, anti-impérialiste, dans leur bras de fer avec le président évincé et avec le gouvernement français, après avoir eux-mêmes pendant des années collaboré avec l’armée française, ce qu’ils feront peut-être à nouveau demain, à moins qu’ils cherchent un autre protecteur avec qui faire rouler leurs affaires. Mais les révoltes de la population, comme les grèves et manifestations qui ont eu lieu en 2019-2020 au Mali avant qu’une junte militaire ne renverse le président honni, ou au Soudan en 2019 avant qu’une coalition d’officiers ne reprenne les affaires en main et instaurent une nouvelle dictature contre le mouvement, sont bien plus dangereuses pour les grandes puissances impérialistes qui se partagent (ou se disputent) les richesses de l’Afrique, que les putschs militaires et changements de régime. Ces mobilisations populaires sont l’avenir.

Olivier Belin

 

 


 

 

1 Information de la revue Survie, précisant au passage que le directeur Afrique de Veolia siégeait de 2010 à 2013 au conseil d’administration de l’AFD. (https://survie.org/billets-d-afrique/2014/234-avril-2014/article/niger-aide-publique-au-4679)

2 « Au Niger, la mine d’uranium géante exploitée par Orano pour les centrales nucléaires françaises sous la menace du terrorisme et de la pollution », Le Monde du 13 avril 2023

3 Le mouvement qui a appelé entre autres à la manifestation devant l’ambassade de France le dimanche 31 juillet.