Gilles Perrault, un homme à part

Gilles Perrault en 2015 (Photo de RG, source : wikipedia)

Gilles Perrault vient de nous quitter. C’était un homme et un écrivain engagé. Gilles s’est notamment fait connaître par son livre Le Pull-over rouge, en 1978, qui prenait la défense de Christian Ranucci, guillotiné pour un meurtre d’enfant après une enquête bâclée. Cet ouvrage lui avait valu des poursuites judiciaires. Auparavant, il avait publié de nombreux romans, notamment des polars, et aussi un recueil de nouvelles, Les Parachutistes, à partir de son expérience de la guerre d’Algérie dans ce corps. Il montrait comment des jeunes gens pouvaient être formatés au point de devenir des tueurs et des tortionnaires, comparant même les méthodes de dressage de l’armée française à celles des nazis.

Gilles Perrault devait par la suite publier de très nombreux livres que l’on peut considérer comme incontournables sur plusieurs sujets. Impossible de les citer tous. Parmi les plus significatifs, Notre Ami le roi, sur la dictature du tyran Hassan II et le colonialisme français au Maroc. L’Orchestre rouge et Taupes rouges contre SS, sur les réseaux d’espionnage formés par des militants communistes, au service de l’URSS, pendant la Seconde Guerre mondiale. Un Homme à part, sur la vie et l’assassinat du militant anticolonialiste Henri Curiel.

Gilles s’était rapproché de l’extrême gauche et avait rallié le mouvement antifasciste Ras l’front (RLF), avant de le quitter à la suite des calomnies délirantes de Didier Daeninckx qui l’accusait pêle-mêle d’être un complice des intégristes islamistes, un négationniste et… un pédophile refoulé dans un pamphlet aussi odieux que grotesque. Gilles Perrault déplorait que les militants antifascistes, sensibles à l’aura de Daeninckx, n’aient pas unanimement dénoncé ces calomnies.

Gilles Perrault n’hésitait pas à aller à contre-courant. On se souvient que, au cours d’une émission TV, il avait vigoureusement dénoncé la guerre du Golfe, appelant même les soldats à mettre les crosses en l’air et les travailleurs à refuser de transporter des armes, rappelant l’exemple des dockers qui avaient balancé dans le port de Marseille des camions d’armes en partance pour l’Indochine. Cette sortie exaltée lui avait valu d’être désormais boycotté par tous les grands médias. Ceux-ci lui ont fait payer le prix de son courage pendant le reste de sa carrière…


Gérard Delteil

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