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Incendie de Lubrizol à Rouen : quatre ans après, on n’oublie pas !

La justice est décidément très lente quand il s’agit de délinquance patronale. Quatre ans après le terrible incendie de l’usine de Rouen de la multinationale de la chimie Lubrizol du 26 septembre 2019, force est de constater que les investigations de la justice n’avancent pas vite. Celle-ci a bien réceptionné le procès-verbal d’infraction dressé rapidement par la Dreal (Direction régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement) à l’encontre de Lubrizol concernant deux délits et onze contraventions, mais il a fallu attendre janvier dernier pour un complément d’expertise qui a confirmé de nouveau que l’origine du feu est bien partie de Lubrizol et non de l’entrepôt de son sous-traitant Normandie Logistique. Mais cette expertise ne répond pas aux nombreuses questions sur les causes possibles de l’incendie et les manquements de Lubrizol, de Normandie Logistique et de l’État. Ainsi, pour l’instant la justice n’a toujours pas demandé à Lubrizol de produire les documents réglementaires prouvant qu’elle a respecté la réglementation sur les risques électriques, incendie…

Concernant le volet « amiante » de l’incendie, volet sur lequel les autorités de l’État ont été complètement défaillantes, les investigations complémentaires obtenues grâce à l’action du collectif unitaire local qui s’est mis en place dès le lendemain de l’incendie ne sont toujours pas connues. Bref, nous sommes donc encore à des années lumières d’un procès pénal.

C’est pour cela que quatre ans après cette catastrophe, véritable crime industriel perpétré par les capitalistes avec la complicité de l’État, la mobilisation ne peut pas faiblir. Cette année encore, une manifestation partira de l’esplanade du palais de justice de Rouen mardi 26 septembre à 18 heures à l’appel du collectif unitaire « Lubrizol, Bolloré and Co » constitué de syndicats, d’associations écologistes, de riverains et d’agriculteurs, de partis politiques de gauche et d’extrême gauche. Les exigences brûlantes de l’heure se centrent autour de l’autorisation d’utiliser les pièces du dossier pénal dans une procédure pour faute contre l’État qui est complice de ce crime industriel et qui continue à être laxiste avec les industriels qui jouent avec notre santé !

Quatre ans après, celles et ceux qui ont respiré les produits toxiques du nuage de Lubrizol, celles et ceux qui ont nettoyé les suies cancérogènes tombées sur les voitures, les salons de jardin, celles et ceux dont les crises d’asthme ont empiré, n’ont pas vu l’ombre d’une indemnisation de leurs préjudices par le « pollueur-non payeur » Lubrizol alors même que ses bénéfices explosent à hauteur de 115 millions d’euros !

Au printemps 2023, Santé publique France (SPF), organisme sous tutelle du ministère de la Santé, a annoncé un suivi épidémiologique des travailleurs exposés. Mais, en l’absence de point zéro, d’examens cliniques, de prises de sang, d’analyses d’urine puis de cheveux, dès le lendemain de l’incendie, rendant impossible l’identification des symptômes et des polluants, l’étude de SPF va être hors sol. En s’appuyant uniquement sur les données de consommation de médicaments, cela conduira à un échantillon de personnes interrogées à l’aveugle, ce qui ne risque pas de donner des résultats significatifs. Pour les autorités, cela servira à confirmer qu’il ne s’est rien passé. SPF va donc lancer une grande étude inutile et coûteuse, en lieu et place du suivi clinique, psychologique et médico-social nécessaire.

Quatre ans après, toujours aucune ouverture d’un registre des cancers et des malformations, registre indispensable pour mener à bien les études pouvant permettre de faire le lien entre santé, travail et environnement. Aucune campagne grand public n’a été menée par la Dreets, l’ARS et Santé publique France sur les risques liés aux suies cancérogènes, sur l’amiante dispersé dans une partie de l’agglomération, sur les risques liés au benzène. Quatre ans après, le nombre d’accidents industriels reste à un très haut niveau et les capitalistes continuent à jouer avec la vie des riverains et des travailleurs. Ce qui est arrivé à AZF à Toulouse en 2001 ou en juin dernier au sein de l’entreprise Butachimie (Haut-Rhin) avec une explosion faisant cinq blessés peut malheureusement se produire sur tous les sites Seveso, très nombreux dans l’agglomération rouennaise par exemple. Sur la dernière année, le département de la Seine-Maritime n’a pas été épargné : incendies à Sedibex en décembre 2022, chez Yara et Air Liquide en février 2023, sans oublier l’incendie de l’entrepôt de Bolloré Logistics à Grand-Couronne le 16 janvier 2023 où 12 250 batteries automobiles au lithium, 70 000 pneus, des palettes et du textile sont partis en fumée. Comme en 2019, les autorités préfectorales continuent à nier les risques d’effets cocktails lié à la poly-exposition.

Quatre ans après, les pompiers du service départemental d’incendie et de secours n’ont pas plus de moyens humains et matériels ! Quatre ans après, aucun exercice d’ampleur n’a été réalisé, aucune plaquette n’a été distribuée aux riverains sur les consignes à suivre ! Par contre, la métropole de Rouen-Normandie, dirigée par le socialiste Nicolas Mayer-Rossignol, choisit de travailler avec Upside, organisme regroupant les plus grands groupes industriels de l’agglomération rouennaise et le patronat de la chimie plutôt qu’avec les composantes du collectif unitaire et aurait même approché Lubrizol pour qu’elle soit un partenaire financier dans sa campagne pour être « capitale de la culture en 2028 »…

L’histoire des désastres industriels et sanitaires démontre que si on laisse les capitalistes aux commandes des industries du nucléaire, de la chimie ou du médicament, les explosions, pollutions et contaminations vont s’accélérer en lien avec une course sans fin aux profits ! Sans parler du réchauffement climatique, qui va rendre la planète invivable, surtout pour les plus pauvres. Pour protéger nos vies et la planète, il est urgent de se débarrasser du capitalisme !

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