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Incendies catastrophiques à Hawaï

Mardi 8 août, un incendie s’est déclaré à Hawaï, sur l’île de Maui, faisant de cet incendie le pire des États-Unis depuis un siècle. La ville touristique de Lahaina a été complètement réduite en cendre. Le feu, complètement hors de contrôle, a progressé à toute allure dans l’ancienne capitale de Hawaï sans que personne soit prévenu, créant une scène de chaos généralisé. Pour échapper au feu, des dizaines de personnes se sont précipitées dans l’eau, et beaucoup sont mortes noyées.

À l’heure où cet article est écrit, le bilan s’établit déjà à 110 morts, en sachant que 1300 personnes ont été portées disparues sur les 12 000 habitants que comptait la ville. Les secours en sont réduits à identifier par ADN les corps calcinés. Plus de 2200 bâtiments ont brûlé, les dommages s’élèvent à environ 6 milliards de dollars (5,5 milliards d’euros).

Des causes pas si naturelles

Différents facteurs, dont aucun n’aurait pu suffire à lui seul, se sont combinés pour mener à cette catastrophe. Certains apparaissent comme « naturels », d’autres plus directement « humains », mais derrière la plupart, on retrouve le capitalisme et sa gestion absurde de la société comme de la planète.

Le climat et la météo, d’abord. Comme beaucoup d’autres endroits, Hawaï était frappé par la sécheresse au moment où se déclarait l’incendie.1 De grandes quantités d’herbes sèches très inflammables se sont accumulées sur l’île de Maui. La canicule sur le sud-ouest du continent a envoyé de l’air sec et chaud sur Hawaï. Par ailleurs, les violentes rafales de vent (plus de 120 km/h en certains points), la surpression au nord de l’île vers la dépression loin au sud, accentuée par l’ouragan Dora, ont rendu le feu complètement incontrôlable.

L’aggravation et la multiplication de la sécheresse comme des ouragans sont des conséquences du réchauffement climatique. Juillet 2023 a été d’ailleurs annoncé comme le mois le plus chaud de l’histoire de l’humanité2. L’herbe sèche en question est une espèce implantée d’Afrique, à l’époque pour nourrir le bétail ; lorsque les capitalistes se sont tournés vers d’autres activités plus rentables, l’herbe est devenue complètement invasive pour l’écosystème local.3

Concernant l’origine du feu à proprement parler, les regards se tournent vers la compagnie électrique locale, Hawaiian Electric. Comme dans le reste des États-Unis, le réseau électrique n’est pas enterré et l’entretien est réduit au maximum pour des raisons d’économies. L’archipel se retrouve donc avec un réseau électrique sur des poteaux vieillissants, des fils qui pendent trop bas passant par des forêts non entretenues. Un scénario vraisemblable est que les vents violents ont renversé des poteaux électriques, ou un arbre sur des lignes, provoquant un arc électrique dans un endroit rempli d’herbes sèches et le départ du feu, ensuite entretenu par le vent.4

L’incurie du gouvernement

La colère monte dans la population, alors qu’on en apprend de plus en plus sur l’incurie des autorités. D’abord, les systèmes d’alerte ont tous été défaillants. À commencer par les sirènes d’alarme : actionnées une fois par mois pour vérifier leur fonctionnement, elles n’ont pas fonctionné cette fois-ci (vraisemblablement en raison de la chaleur extrême). Le gouverneur a répondu aux critiques en déclarant que les alertes officielles à la télé, à la radio, et sur les téléphones avaient bien été lancées… alors que le feu avait déjà privé beaucoup de foyers d’électricité et de réseau de télécommunication.

Certains pompiers luttant contre le feu se sont retrouvés avec des bouches d’incendies à sec ou au débit très faible. Le réseau, déjà en tension sur les ressources en eau et avec des tuyaux en mauvais état, a été sursollicité, entre ceux qui luttaient contre le feu avec leur tuyau d’arrosage, et les maisons déjà en feu, d’où l’eau sortait par des tuyaux fondus.

Dans d’autres États américains qui connaissent déjà des feux de forêts comme la Californie, en cas de tempête, les compagnies électriques peuvent au moins couper le courant lorsque des tempêtes s’annoncent. Lorsqu’on a reproché à la compagnie Hawaiian Electric de n’avoir pas fait de même, leur réponse a été : « À Lahaina, l’électricité alimente les pompes qui fournissent l’eau », ce qui est tout à fait vrai. On pourrait ajouter qu’en coupant l’électricité, ils priveraient la population de lumière, télé, radio ou d’internet ou de téléphone, les empêchant donc de recevoir les messages d’alerte, de connaître la progression du feu, etc.

C’est justement pour anticiper tous ces problèmes que devraient être préparés en amont différents plans de prévention des risques ! Pris au sens large, il s’agit de réduire au maximum le danger et diminuer l’exposition des populations, mais aussi de préparer les crises à venir : systèmes d’alerte précoce, maintien des infrastructures (eau, électricité, télécoms…) et des hôpitaux en mode dégradé, communication à la population, et enfin, moyens d’intervention pour les pompiers. Chaque risque (incendie, mais aussi inondation, glissement de terrain, tremblement de terre) est bien sûr spécifique, et requiert sa propre expertise.

Ici, clairement, rien n’a été fait, rien préparé. Les capitalistes et leurs gouvernants pensaient être à l’abri. Plus exactement, ils n’ont pas pris au sérieux les alertes : différents rapports indépendants avaient déjà pointé la vulnérabilité au risque incendie sur l’île en général, et de la ville de Lahaina en particulier, au risque d’incendie, précisément pour les causes évoquées ci-dessus, et ont été ignorés.5

Quelles leçons en tirer ?

Ce qui s’est passé à Maui montre qu’on ne peut s’en remettre aux capitalistes pour gérer la société. C’est la logique de la société capitaliste qui est responsable du changement climatique et de l’érosion de la biodiversité. On ne peut pas leur confier une infrastructure sans craindre pour son entretien et sa sécurité. Même les gouvernements rechignent à mettre en place des plans de prévention contre tous les risques.

Quand bien même ces plans existent, ils réclament surtout des moyens, l’implication réelle de la population, et la mise en place de la primauté de l’intérêt collectif face aux intérêts individuels et égoïstes – à commencer par ceux des capitalistes. De cela, les États capitalistes ne seront jamais vraiment capables. C’est bien une des raisons de les renverser.

Charles Ramus

 

 


 

1 Le 8 août 2023, un quart de l’île de Maui était présenté en état de « sécheresse sévère », https://droughtmonitor.unl.edu/CurrentMap/StateDroughtMonitor.aspx?fips_15009

2 https://public.wmo.int/en/media/press-release/july-2023-set-be-hottest-month-record

3 https://www.mediapart.fr/journal/ecologie/150823/incendies-hawai-les-erreurs-du-passe-nous-creent-des-problemes-majeurs

4 https://www.washingtonpost.com/climate-environment/2023/08/15/maui-fires-power-line-cause/
5 https://www.sfchronicle.com/climate/article/maui-fire-danger-report-18293055.php

https://www.nytimes.com/2023/08/12/us/west-maui-wildfires-risk.html