Nouveau Parti anticapitaliste

Nos vies valent plus que leurs profits

La FNSEA convoque le ban et l’arrière-ban de ses adhérents pour une mobilisation aux arguments foutraques

Depuis quelques semaines, ça remue dans les campagnes, panneaux communaux mis à l’envers, manifestations, cortèges de tracteurs et blocages. La Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) sort du bois, s’appuyant sur des revendications nombreuses et variées pour faire graduellement monter la pression.

Comme à son habitude, ce syndicat corporatiste, qui n’est pas réputé pour être très progressiste, entend mobiliser le plus grand nombre pour exiger du gouvernement le déblocage d’aides substantielles pour la profession. Pour cela, il met en avant ses récriminations, composant ainsi un inventaire à la Prévert, contre les normes environnementales, contre la baisse du prix de la viande bovine, contre la hausse des taxes, contre l’accord de libre échange européen avec la Nouvelle-Zélande, contre la baisse des aides à la bio, contre la faiblesse des réponses de la justice face aux vols de carburant et de matériel dans les fermes, contre les importations ne respectant pas nos normes, problèmes d’eau (bassines, irrigation…), contre la pression des grandes surfaces qui entraînent les prix de production à la baisse, contre l’agribashing, contre l’ours et le loup, contre les difficultés rencontrées dans les filières laitières, ovine, viticole…, pour une meilleure prise en compte de la sécheresse ou des inondations.

Si après une telle énumération, non exhaustive, chacun n’y trouve pas une justification à sortir de sa ferme…

C’est bien dans l’esprit et la pratique de la FNSEA de faire manifester ensemble les céréaliers qui se sont gavés ces dernières années tant les cours des céréales étaient soutenus, avec des franges importantes de paysans, souvent éleveurs, sous-smicards, voire à revenu négatif… C’est l’essence même du corporatisme de faire croire à des intérêts communs. Ce n’est pas demain la veille qu’on défendra la lutte de classe à la FNSEA.

Cette mobilisation qui essaie de faire croire à un rapport de force réel avec le gouvernement, n’est qu’une farce, même si à l’occasion leurs relations peuvent s’avérer rugueuses ! Cela fait bien longtemps que FNSEA et CNJA (Centre national des jeunes agriculteurs, appendice de la FNSEA) cogèrent la politique agricole avec l’État, au point que dans les années 1980, le leader de la FNSEA est devenu ministre de l’Agriculture ! Ce même État qui entend augmenter les subventions publiques à ce syndicat, déjà bien riche par ailleurs, et diminuer d’un quart celles de la Confédération paysanne (- 500 000 euros), tout comme pour les autres syndicats minoritaires, Coordination rurale et Modef.

Ces derniers jours, la FNSEA qui se prétend toujours tellement attachée à une agriculture familiale à capitaux familiaux, n’a pas moufté quand une des plus grosses coopératives française, la Cooperl, a pris le contrôle de sept fermes bovines et porcines.

Dans cette crise agricole, la seule issue est de soutenir les plus petits paysans, qui sont les plus nombreux, d’encourager l’installation massive de jeunes et de consolider ceux déjà installés. Pour garantir la sécurité alimentaire, sortir du chaos climatique et faire vivre correctement les paysans, il faudra planifier l’agriculture et donc ne pas la laisser aux mains des exploitations industrielles et des firmes capitalistes !

Marty Leterrien