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Le consentement – À qui appartient le corps des femmes ?

Film de Vanessa Filho, Le consentement est une adaptation du livre éponyme de Vanessa Springora, sorti en 2020, dans lequel elle raconte le traumatisme de sa relation avec l’auteur Gabriel Matzneff alors qu’elle n’avait encore que 13 ans et lui 50.

Nous sommes dans les années 1980, lui est un auteur connu et reconnu pour ses écrits subversifs ; elle est une enfant passionnée par la littérature qui sera vite impressionnée par son aura. Après avoir reçu des dizaines de lettres d’amour de sa part, elle accepte de le rencontrer et l’emprise commence. Au travers de la question de la pédophilie, le film qui connaît un grand succès dans les salles auprès des jeunes, et même des très jeunes, grâce à TikTok, dépeint avec justesse une société malade dans laquelle les agresseurs ont le pouvoir.

Une enfance sous emprise

Dans les années 1980, 1990 et encore aujourd’hui, les défenseurs de Matzneff et de ses pratiques pédophiles, exaltées dans ses livres, proclament lutter contre la morale conservatrice et défendre la libération des mœurs. Mais de quelle liberté parlons-nous ? Dans le film, la jeune Vanessa, enfermée dans une chambre d’hôtel constamment nue avec un homme quatre fois plus âgé qu’elle, s’isole brutalement des autres enfants de son âge. Les jeux d’enfants, l’insouciance, la joie et la possibilité de se projeter dans la vie lui sont retirés par l’emprise exercée par cet homme, sur son esprit comme sur son corps. Isolement et troubles psychiques la conduisent à quitter le collège. Le film montre en effet très bien l’impact de tels traumas sur le développement de la jeune fille et nous fait comprendre l’importance de ce temps de l’enfance où tout se joue.

Mais en plus de la question de la pédophilie, Le consentement décrit très bien la construction d’une relation de pouvoir et d’emprise. Matzneff, interprété avec brio par Jean-Paul Rouve, joue sans cesse la carte du chantage affectif, de la culpabilisation, de la manipulation. Il retourne le réel à l’aide de ses belles paroles et fait croire à sa victime qu’elle le maltraite lorsqu’elle refuse certains de ses désirs. Emprise d’autant plus simple sur un esprit en construction, sur un être qu’il a doucement isolé.

Enfant et femme objet

La force du film réside aussi dans sa capacité à montrer comment les femmes, les enfants et tous les êtres sous emprise sont considérés comme des objets par leurs oppresseurs. Vanessa, qui accepte les jeux de son agresseur, est un objet de désir que l’on touche à volonté. Dès lors qu’elle prend la parole pour essayer de comprendre et reprendre le contrôle, c’en est fini d’elle. Matzneff la traite d’hystérique, de mégère, de féministe. Elle perd pied car plus rien n’a de sens, c’est elle qui souffre, c’est lui qui se décrit comme la victime. Pour se remettre debout, il faudra qu’elle écrive, qu’elle renoue les liens avec les gens de sa génération, qu’elle parle de cette relation toxique. Prendre la parole pour ne plus être un objet et devenir sujet. Une reconquête de sa dignité qui concerne tous les opprimés et minorités de manière générale. Toutes celles et ceux qu’on enferme dans des carcans, qu’on traite comme des objets et qu’on punit dès qu’ils relèvent la tête.

Ainsi, en mettant à l’écran la question du consentement, le film traite d’un sujet éminemment politique, celui des rapports de domination entre les êtres au sein de la société capitaliste. Une société qui donne des positions de pouvoir aux agresseurs et qui valorise l’exploitation des plus faibles par les plus forts. En cette semaine de défense des droits de l’enfant et de la lutte contre les violences faites aux femmes, le succès du film Le consentement chez les adolescents est bon signe, il est temps de libérer la parole et de relever la tête !

Anne Bodigel