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Le Temps d’aimer, film de Katell Quillévéré

Quelle place reste-t-il pour l’amour dans un monde habité par la guerre et les injustices ? Quelle place pour la sexualité, parfois épanouissante, parfois violente ? Quelle place y tiennent le couple et la famille, à la fois cocons protecteurs face aux dangers de la société et en même temps elles-mêmes cellules de cet ordre social, sources de violence, de rapports de domination, bâties sur des secrets et des mensonges ?

Ce sont toutes ces questions très actuelles, et bien d’autres encore, que pose le quatrième long-métrage de Katell Quillévéré, même si l’action se déroule entre les années 1940 et 1960. On y suit notamment l’histoire de Madeleine, serveuse dans un hôtel-restaurant en Bretagne, rejetée par sa famille à cause de la honte qui lui a été imposée à la Libération… car Madeleine a eu un enfant avec un soldat allemand. Le film s’ouvre d’ailleurs sur des images d’archives terribles de femmes tondues en public, ces « poules à boches » désignées comme boucs émissaires par le PCF. Une mise en scène misogyne qui faisait partie d’une stratégie de diversion prétendant « épurer » la France vichyste, tandis que les vrais responsables de la collaboration avec le régime nazi continuaient de prospérer et que le Parti communiste stalinien amenait sa base ouvrière sur la politique nationaliste bien bourgeoise de De Gaulle.

La toile de fond historique se fait d’ailleurs ressentir tout du long. Parce que Madeleine rencontre François, étudiant issu d’une famille de bourgeois dont on comprend rapidement qu’il est homosexuel, à une époque où c’est encore un délit. Parce qu’ils croisent aussi à Châteauroux, où une base militaire américaine est implantée, le chemin de Jimmy, soldat noir qui ne supporte plus l’armée et le racisme qu’il y subit quotidiennement. La guerre d’ailleurs n’est jamais bien loin, puisque plus tard on verra des images du Vietnam à la télévision, et qu’à la fin c’est l’Algérie qui est évoquée.

Cette grande fiction magnifiquement écrite, filmée, interprétée et mise en musique, nous guide à travers les années et à la suite de personnages aux enjeux et expériences complexes de l’oppression. Leurs différences de classe aussi, et leur évolution. Bref, au-delà de l’émotion qui arrache des larmes, il y a matière à réflexion, et à discussion.

Claire Lafleur