Nouveau Parti anticapitaliste

Nos vies valent plus que leurs profits

Les Algues vertes, film de Pierre Jolivet : une lutte contre l’agriculture capitaliste

Les Algues vertes est un film de Pierre Jolivet réalisé à partir de la bande dessinée d’Inès Léraud (Algues vertes, l’histoire interdite). Il retrace l’histoire de cette journaliste dénonçant ce scandale, qui est intimement lié aux intérêts économiques de l’industrie agroalimentaire bretonne.

Inès Léraud, la protagoniste du film, découvre une omerta liée à la prolifération de ces dangereuses algues vertes. Pourquoi ? Parce que, malgré les morts causées par celles-ci (humains et animaux), c’est tout un modèle agricole qui est remis en cause. Toucher aux algues vertes et démontrer leur toxicité, c’est s’attaquer aux modes de production agricole locaux qui participent à leur développement. Les autorités font de la rétention d’information au sujet des morts. Les agents des grandes coopératives de la région font tout pour dissuader les familles d’en demander. Ceux qui enquêtent ou dénoncent ce scandale sont directement menacés.

Les algues vertes : un véritable fléau, bien connu mais dissimulé

Avec l’industrialisation massive de l’agriculture bretonne, autrefois financée par le plan Marshall et aujourd’hui par la PAC (Politique agricole commune de l’Union européenne, qui favorise l’agriculture intensive et les grands propriétaires fonciers), la quantité des déchets agricoles explose. Ces déchets riches en protéines et en divers nutriments (le lisier de l’élevage et les engrais) sont directement déversés dans les rivières et alimentent la prolifération massive des algues vertes qui se mettent alors à pulluler sur les plages bretonnes et dans les marécages. En se décomposant, elles produisent du sulfure d’hydrogène, gaz toxique et potentiellement mortel pour les mammifères. En 2009, le chauffeur de camion pour l’entreprise Nicol Environnement, Thierry Morfoisse, qui transportait des algues, est mort dans son camion, sans que cela soit reconnu comme un accident du travail et sans que les vapeurs d’algues vertes soient incriminées.

L’irresponsabilité capitaliste

Le film montre clairement comment toutes les institutions de l’État sont plus ou moins directement impliquées dans la gestion des entreprises agricoles. Ainsi le conseil régional possède plus de 350 millions d’euros de titres financiers1, même si ce sont les coopératives qui profitent le plus du pactole (les dirigeants de la FNSEA sont souvent actionnaires des coopératives et des banques qui étranglent les agriculteurs).

Effectivement, ce n’est pas le grand luxe pour les agriculteurs bretons. Dans le film, ces derniers sont montrés parfaitement hostiles à la journaliste, jusqu’à un certain point. Les coopératives, les payant au rendement, les forcent à ne pas respecter les règles élémentaires qui leur permettraient de produire dans un plus grand respect de l’environnement, de leurs sols… et de leur propre santé.

Face à tout cela, les politiciens, de droite comme de gauche, sont absolument complices. Tel Le Drian, président du conseil régional de Bretagne durant de nombreuses années et fervent défenseur de l’agriculture productiviste. Lors de la mort de Jean-René Auffray2, des autorités PS ont renvoyé dos à dos la thèse de la défaillance cardiaque et celle de l’asphyxie liée aux algues vertes comme explications à la mort du coureur. Aucun politique ne veut véritablement lever l’omerta. Pire, ils y participent, étant eux-mêmes actionnaires des coopératives, donc s’enrichissant des rendements agricoles de la région. Or s’attaquer aux algues vertes, c’est s’attaquer au modèle productif agricole breton, et donc aux profits des propriétaires des coopératives.

Ce film ne remet pas en cause le capitalisme, il pose le problème comme un dysfonctionnement. Pour le réalisateur, un meilleur respect de la loi changerait la situation. Toutefois, il en montre bien assez pour qu’on puisse tirer les conclusions qui s’imposent. Les procès faits par les familles des victimes ont abouti à des non-lieux. L’ancien maire d’Hillion, qui avait dissuadé Rosy Auffray de demander l’autopsie de son mari, et qui est maintenant député MoDem, Mickaël Cosson, déclare que tout ce film n’est que fiction. La dernière solution trouvée par l’équipe militante de l’association Halte aux algues vertes, c’était de faire ce film car rien n’a changé. Les ouvriers, désormais munis de masques, continuent de ramasser les algues vertes sur les plages. Et les morts continuent, un jeune homme, ostréiculteur de 18 ans, est à nouveau mort en 2019 en plein exercice de son métier.

Ouvrir les livres de compte, briser l’omerta, mettre en lumière la dépendance des institutions administratives et de l’État avec les grands groupes financiers, ce ne sont pas des mesures révolutionnaires en soi, mais ce sont des étapes, parfaitement essentielles. Combien d’histoires de ce type existent partout dans le monde et sont mises sous le tapis pour ne pas toucher aux sacro-saints profits ? L’urgence est là, il y a un monde à changer, car nos vies valent plus que leur course aux profits.

Victor Roux

 

 


 

 

1 Selon le site de la région Bretagne.

2 Celui-ci est mort après un jogging dans un marécage rempli d’algues vertes en décomposition, en 2016.