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Les grèves Transdev en Île-de-France, les coups de pression se multiplient !

La grève à Coubron et Chelles

À partir du lundi 20 novembre, et cela pendant douze jours, les conducteurs de bus des dépôts TRA Transdev Coubron et Chelles étaient en grève. Le nombre de grévistes a même augmenté au fil des jours, arrivant à plus de 90 % à Coubron et autour de 60% à Chelles. Les bus ne sortaient pas des dépôts, car le piquet était tenu 24 heures sur 24 et sept jours sur sept par des grévistes, organisés en roulements, la nuit, le matin et l’après-midi. Le DRH de Transdev, qui avait ordonné aux grévistes de « lever le blocage du dépôt pour négocier après » le premier jour de la grève, était revenu lundi 27 novembre, avec quelques propositions bien timides : 0,7 % d’augmentation de salaire. Soit l’équivalent de quelques paquets de pâtes en plus par mois…

Alors que les syndicats avaient, à raison, refusé aux dernières NAO d’accepter les 2,2 % d’augmentation que la boîte daignait proposer, cette dernière n’avait finalement accordé unilatéralement que 1,5 %. L’augmentation de 0,7 % ainsi proposée n’était qu’un pied de nez aux travailleurs. Même si elle précisera plus tard une possible ouverture sur la mise en place des primes d’assiduité et de risque, autres revendications des grévistes.

Les grévistes, pas dupes, ont rejeté la proposition du DRH. Ils ont refusé d’être augmentés de quelques euros seulement. Leur revendication était : 200 euros net par mois en plus sur leur fiche de paie. Une revendication centrale et unificatrice qui met en avant le problème des salaires dans le monde du travail. Plus que les primes qui ne comptent pas pour la retraite, qui sont soumises à conditions et qui peuvent même permettre à la direction de mettre la pression sur les travailleurs afin qu’ils atteignent des objectifs de production : on citera en particulier la fameuse prime d’assiduité, véritable arme anti-grève. Voilà pourquoi cette revendication de 200 euros, reste la réponse la plus unificatrice dans un contexte d’inflation qui dégrade les conditions de vie de la population.

Après cette entrevue, les grévistes ont discuté entre eux des suites de leur mobilisation, notamment sur la nécessité ou pas de rester sur le dépôt afin que les bus ne puissent pas sortir. Avec plus de 90 % de grévistes à Coubron, les bus ne pouvaient de toute façon pas circuler normalement, touchant ainsi de fait pratiquement tous les services. Plus les grévistes sont nombreux, plus ils sont organisés, plus ils mettent de chances de leur côté afin d’imposer un rapport de force qui fasse céder la direction. Les discussions entre les grévistes étaient nombreuses sur le dépôt et leur ont permis de rester soudés.

Mercredi 29 novembre, d’autres propositions ont été faites par le DRH. La direction n’a rien voulu céder sur les salaires mais a proposé une indemnité « tenue » (censée compenser les contraintes du port et de l’entretien de la tenue) de 18 euros net. Une prime exceptionnelle de 250 euros brut pour tous les salariés de l’entreprise, une prime d’assiduité de 500 euros brut à l’année si le salarié ne dépasse pas les trois jours d’absence et 200 euros brut pour quatre à six jours d’absence (dont les absences maladies). Sur la prime d’assiduité, une gréviste a lâché, étonnée : « On ne peut pas être malade ? » La majorité des salariés ne sont pas rentrés dans ce jeu-là et ont voté majoritairement pour continuer la grève. Lors des propositions faites par la direction, les conditions de travail n’ont pas du tout été mentionnées, alors que l’état des bus par exemple est au centre des difficultés rencontrées par les conducteurs. Lorsqu’ils prennent leur service, ils sont confrontés à des amortisseurs et des sièges défectueux, aux routes abimées et aux dos d’âne. Les conducteurs payent de leur santé ces conditions de travail d’un autre âge.

Finalement, les propositions ont suscité beaucoup de discussions parmi les grévistes qui voient la carotte tendue par la direction afin qu’ils abandonnent le mouvement au moment-même où d’autres dépôts ont mis en place un préavis de grève. Tout ce que Transdev veut éviter, c’est que des dépôts se mettent en grève en même temps.

La direction, pressée d’en terminer avec cette grève (car d’autres dépôts avaient annoncé rejoindre le mouvement) est revenue jeudi 30 novembre avec des propositions à la hausse pour certaines primes : 300 euros brut de prime d’assiduité si les absences ne vont pas au-delà de trois jours, 100 euros brut, entre quatre et six jours d’absence sur la période du 1er janvier au 30 septembre 2023. Une prime exceptionnelle de 650 euros brut à chaque conducteur receveur et 300 euros pour les employés et agents de maîtrise en « one shot ». Le maintien de l’indemnité « tenue » de 18 euros net par mois et le maintien des 0,7 % d’augmentation des salaires.

Le protocole de fin de conflit a été signé en fin de matinée, vendredi 1er décembre. Le seul délégué syndical du dépôt, en mesure de signer ledit protocole avait, il est vrai, reçu une assignation à comparaître pour le blocage, lors de la première semaine de grève. Voilà qui permit à la direction de mettre une grosse pression sur ce seul syndicaliste pour une fin de conflit rapide, avant le déclenchement du mouvement de Villepinte-Tremblay, lundi 4 décembre.

Cette situation montre à quel point l’organisation des grévistes, syndiqués ou non, syndicalistes ou non, doit être au centre de l’activité. Chaque idée, action à entreprendre, revendication à soumettre doit être discutée entre tous les grévistes durant des moments dédiés, dans des instances de grève fonctionnant démocratiquement. Cela permet de faire bloc face à une direction qui cherche à diviser les travailleurs. Marcher ensemble permet de désarmer la direction, ne lui laissant donc pas la possibilité de peser sur l’un d’entre nous.

Au tour de Villepinte et Tremblay-en-France

Dans le même temps, sur les dépôts de Villepinte et de Tremblay-en-France, voisins de ceux de Coubron et Chelles, des syndicats ont déposé un préavis de grève. Du lundi 4 décembre au mercredi 6, plus d’une centaine de travailleurs, sur 500 salariés des deux dépôts, étaient en grève. Comme le dit un conducteur rattaché à ce dépôt : « L’ambiance est électrique. » La colère des travailleurs est palpable vis-à-vis de Transdev. Les responsables à Villepinte disent « ne pas avoir d’argent et être en déficit ». Et pourtant le groupe a fait 7,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires l’année dernière et a renoué avec des bénéfices, qui augmentent de manière significative. Sans compter que l’entreprise s’est encore développée à l’international cette année et est présente dans plusieurs pays. Si des dépôts peuvent être en déficit, le groupe, lui, est bien bénéficiaire !

La direction avait annoncé qu’elle s’attaquerait aux fiches de paie et aux conditions de travail. Les négociations locales entreprises entre la direction et les syndicats depuis septembre 2023 ont été bloquées. Les accords locaux sont toujours en discussion mais la direction de Transdev Nord SSD se voulait insistante pour revoir à la baisse les rémunérations, notamment la grille des salaires (stipulant les majorations liées à l’ancienneté) qu’ils souhaitaient modifier à leur avantage. La goutte d’eau pour les conducteurs de Villepinte et Tremblay-en-France qui veulent imposer le maintien de cette grille de salaire commune pour les ex-TRA (dépôt de Villepinte) et les ex-Kéolis (dépôt de Tremblay), ainsi que la conservation de nombreux acquis. Des meilleures conditions de travail sont également revendiquées, car les amplitudes horaires ne laissent pas suffisamment de temps aux conducteurs pour aller aux toilettes, lorsqu’elles sont accessibles… La vétusté des bus est dénoncée par les salariés, car il arrive que lors de leur service, des parebrises tombent ou que des roues se détachent en plein service ! La direction a tenté de briser la grève en appelant individuellement des salariés qui souhaitaient se mettre en grève. Elle a également mis en place un prime de présentéisme sur cette période. Des méthodes pour dissuader les conducteurs de se mettre en grève. Lors du premier jour de grève, la direction a essayé de provoquer les grévistes afin de les pousser à commettre des fautes devant un huissier de justice, convoqué pour l’occasion.

Le blocage des deux dépôts sur les trois jours de grève a ainsi paralysé tout le Nord de la Seine-Saint-Denis. Les grévistes ont décidé de ne rien lâcher sur leurs revendications et ont même réussi à provoquer des discussions avec des non-grévistes pour les encourager à les rejoindre, ce qui a fonctionné pour certains. Face à cette situation, la direction a plié après trois jours de conflit pour ainsi éviter que la grève ne s’amplifie sur les deux dépôts. Le protocole de fin de grève a été signé mercredi 6 décembre, en début de soirée. Les acquis et les avantages sur la grille des salaires et les primes ont été préservés, le maintien des heures de travail les dimanches et jours fériés, la PNA a été maintenue à 100 %, toutes les poursuites pour faits de grève ont été abandonnées. Les grévistes ont été dans l’ensemble satisfaits, même si, et à juste titre, une partie d’entre eux voulaient obtenir une augmentation des salaires. La direction cherche aussi à gagner du temps jusqu’aux prochaines NAO qui se dérouleront au mois de janvier sur les quatre dépôts : Villepinte, Tremblay, Coubron et Chelles.

… Rambouillet et Hourdan

Par ailleurs, les deux jours de grève de jeudi 14 et vendredi 15 décembre des dépôts de Rambouillet et Houdan avec plus de 80 % de grévistes, s’est terminée vendredi soir. Les salariés de ces deux dépôts vont se retrouver sur la même entité au 1er janvier 2024 : Transdev Sud-Yvelines. La grève s’est finie avec un accord anticipé. Celui-ci a permis aux conducteurs de préserver des acquis comme la prise en compte des coupures de 30 minutes dans le temps de travail et les congés d’ancienneté, tout en faisant une croix sur des primes. Pour ce qui est du dépôt d’Hourtoule, en grève lundi 18 décembre, leur avenir est encore incertain puisque le dépôt appartenant au groupe Lacroix-Savac va être désormais exploité par Francilité express Ouest (une société de Lacroix-Savac) et ils ne savent pas encore à quelle sauce ils vont être mangés. Les lignes de bus scolaires ont été rachetées par Transdev avec une trentaine de salariés d’Hourtoule qui seront dispatchés sur les dépôts Transdev Sud-Yvelines. Certains sont contents d’être transférés dans un dépôt qui se trouve moins loin de chez eux, mais d’autres démissionnent de la société pour espérer être repris en tant que conducteur de bus Transdev sur l’entité Sud-Yvelines.

Le groupe Transdev, qui fait face à plusieurs grèves depuis quelques années, en nombre croissant depuis ces derniers mois, a la volonté de les résorber une à une, afin d’éviter un embrasement et une possible union entre tous les salariés grévistes de Transdev. Car, partout dans le transport en commun, peu importe le nom des entreprises, les conditions de travail et de salaire sont dénoncées par les travailleurs. C’est par une bataille de l’ensemble des salariés du secteur que des revendications unificatrices pourraient être imposées. C’est aujourd’hui une possibilité crédible car partout, semaine après semaine, des salariés en colère dénoncent les mêmes conditions de travail et revendiquent des augmentations de salaire analogues.

Orianne Liturri