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L’extrême droite et l’État contre les migrants en Grèce, des militants témoignent

« Il ne faut pas attendre que les fascistes nous tuent pour réagir politiquement et s’organiser »

Samedi 9 décembre, Akif, militant révolutionnaire en Grèce (OKDE Spartakos), réfugié pakistanais et un de ses amis également réfugié ont été agressés physiquement par une bande fasciste dans le bus dans un quartier populaire d’Athènes. Akif et Kleanthis, lui-même militant à OKDE, reviennent sur cette agression, sur l’extrême droite grecque et le mouvement antifasciste.

– Que s’est-il passé samedi 9 décembre ?

Akif : J’étais dans le bus avec mon ami Adil et à la station de bus Kolonos entre huit et dix militants fascistes sont montés. Ils étaient habillés en noir, avaient le crâne rasé et les visages masqués et ils hurlaient des slogans fascistes. Sans aucune raison ils ont commencé à frapper et à insulter Adil. Je me suis défendu et la bagarre a commencé. Les autres passagers étaient des femmes âgées qui ont crié sur les fascistes. Le chauffeur de bus a arrêté le bus entre deux stations et les fascistes sont sortis en chantant mais juste avant de partir l’un d’eux m’a frappé le crane avec un objet métallique. J’ai perdu connaissance quelques minutes. Je suis allé chez le médecin le lendemain. Le principal risque était l’hémorragie interne, mais j’ai eu deux doigts fracturés. Quand nous sommes montés dans le bus il y avait déjà un fasciste seul. Ce genre d’attaque est bien organisé.

– Est-ce qu’il y a eu des réactions publiques à votre agression ?

Akif : OKDE Spartakos a lancé une campagne pour rendre cette agression publique. L’organisation a même été contactée par la police qui a dit que, vu que j’avais été victime d’une agression fasciste, cela pouvait accélérer ma demande de papiers réguliers. Je dois déposer une plainte bientôt. Il faut qu’on fasse des manifs. Quand des camarades ou des migrants meurent on fait des manifs. Il ne faut pas attendre que les fascistes nous tuent pour réagir politiquement et s’organiser.

– As-tu été victime de répression de la part de l’État grec ?

Akif : Oui. J’ai été arrêté par la police alors que j’allais à une réunion de solidarité avec les naufragés de Pylos en juin dernier. J’ai été arrêté à la gare de Larissa et on m’a transféré au camp d’Amygdalesa (camp de réfugiés proche d’Athènes où les demandeurs d’asile peuvent attendre jusqu’à un an). Je n’avais pas de papiers et j’avais déjà demandé l’asile plusieurs fois. Ils ont dit qu’ils allaient me renvoyer au Pakistan, car c’est un pays sûr alors que je viens du Cachemire, ils ont écrit n’importe quoi, même mon nom était mal orthographié, comme un nom afghan. Les conditions du camp d’Amygdalesa sont terribles. Un jeune très malade, toxicomane, est arrivé au camp, et aucun soin ne lui a été donné. Il avait besoin d’un médecin. Il a fini par mourir. Même avant son décès on a commencé à se plaindre parce qu’on voyait qu’il allait très mal. Quand il est mort on a fini par se révolter, incendié des conteneurs et jeté des pierres. Une dizaine d’entre nous ont été arrêtés et envoyés au commissariat. On a finalement été libérés.

– Où en est l’extrême droite grecque ?

Kleanthis : Aux dernières élections en juin, l’extrême droite a fait 14 %. Le parti chrétien Niki (victoire) a fait 4 %. Les anciens d’Aube dorée (parti fasciste désormais illégal) ont fait 4,7 % sous le nom de Spartans (spartiates). L’autre parti d’extrême droite « la solution grecque » a fait 4,5 %. Il y a également une scission de Syriza nationale-populiste, « vaisseau de la liberté » qui a fait 3 % et qui ne se prétend « ni de droite ni de gauche », qui ne fait pas partie des 14 % mais qui défend des choses très confuses, à la fois pro-avortement et pro-migrants, mais très chauvines. Cependant, l’influence de l’extrême droite ne se limite pas à ses scores électoraux mais aussi à sa pénétration dans le parti conservateur classique Nouvelle Démocratie, dont le président par exemple est un ancien militant d’extrême droite. Aube dorée n’existe plus, mais il existe des petites sectes qui font des graffitis d’extrême droite, ou attaquent des migrants. Il y a deux mois ils ont tué un migrant qui allait au travail. Puis les politiques menées par la gauche ouvrent un boulevard à l’extrême droite qui se présente comme « anti système ».

– Où en est le mouvement antifasciste ?

Kleanthis : Avant 2013, on était moins bien organisés. Ça a changé avec l’assassinat du rappeur antifasciste Pavlos Fyssas – nom de scène Kyllah P – par Aube dorée au Pirée. Maintenant on est mieux organisés au niveau national et local. On est en capacité de s’opposer physiquement. Après, ce n’est pas facile de localiser les fascistes. Du point de vue politique, on distribue des tracts contre l’extrême droite et on essaie de rendre publiques des agressions comme celle qu’Akif a subie pour que les gens réagissent.

 

Propos recueillis par Stan Miller, 17 décembre