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Loi Immigration : les préoccupations « démocratiques » de Darmanin

Pour défendre leur énième loi raciste, le gouvernement, mais aussi la droite et l’extrême droite prétendent que « c’est ce que veulent les Français ». C’est d’ailleurs cela qui fondait leur argumentaire pendant l’examen de la loi par les députés. Le 20 décembre, lors de son passage dans l’émission C à vous, Macron a ainsi déclaré que le projet de Darmanin, validé par Ciotti et Le Pen, est ce que « nos compatriotes attendaient ». Décidément, le locataire de l’Élysée, la veille de Noël, se montrait aux petits soins pour la population (à condition que celle-ci ait ses papiers) !

Une sollicitude bien sélective

Darmanin et ses nouveaux potes du RN affirment que la population souhaitait depuis longtemps un durcissement de la politique d’immigration. Pour cela, ils s’appuient sur un certain nombre de sondages, dont celui d’Elabe pour BFMTV indiquant le 20 décembre que 70 % des Français interrogés sont satisfaits du vote de la loi par le Parlement. Mais un résultat de sondage ne signifie pas qu’il indique « ce que veulent » les interrogés : un autre sondage Elabe, publié en septembre, indique en effet que 55 % des Français sont « favorables à la régularisation des sans-papiers », autrement dit le contraire de cette loi qui durcit les conditions de régularisation.

Le thème de l’immigration ne fait d’ailleurs pas partie des préoccupations principales de la majorité de la population, confrontée depuis maintenant deux ans à une inflation galopante et, depuis des années, à des salaires en berne ! Si Darmanin veut à tout prix parler enquêtes d’opinions, un sondage Odoxa réalisé en octobre montre que l’immigration n’apparaît qu’en cinquième place dans les thématiques intéressant les Français, loin derrière le pouvoir d’achat, la santé et le système de protection sociale. Mais on n’a pas encore vu le gouvernement se saisir de la question des salaires pour « répondre aux attentes des Français » en la matière. Il est vrai qu’il faudrait contraindre les patrons à les augmenter et la contrainte gouvernementale n’est jamais pour ces derniers !

Le gouvernement et ses alliés usent donc d’une vieille technique politicienne : utiliser les sondages et les instrumentaliser… quand ils leur sont favorables ! Car on n’avait pas vu le ministre Dussopt s’empresser d’annuler le recul de l’âge légal de départ à la retraite de 62 à 64 ans, rejeté l’année dernière par 85 % des salariés du public et 75 % des salariés du privé ! Élisabeth Borne avait bien plutôt montré son mépris en passant cette réforme à coup de 49.3, attisant la colère des travailleurs mobilisés qui n’ont pas cessé de se mettre en grève et de manifester, des jours et des semaines après.

Un racisme organisé par en haut

En réalité, la fiabilité d’un sondage dépend de la manière dont il est conçu et structuré. Son résultat, en fonction des questions et de la manière dont elles sont posées et cadrées, peuvent orienter les réponses des personnes interrogées. Et tout cela peut être rendu très opaque. Ainsi, le politiste Vincent Tiberj, dans un entretien avec France-info1, relève qu’un sondage CSA qui indique que les Français voulaient aller plus loin que Darmanin dans son projet, n’a même pas rendu public les libellés des questions et les modalités de réponses proposées. De quoi alimenter les doutes sur la confiance à accorder à ce type d’« enquête » !

Et puis, qui répond à ces sondages ? Jusqu’à quel point les classes populaires s’y expriment-elles, à l’heure où les réponses données sur Internet donnent du fil à retordre aux instituts de sondages eux-mêmes ? Darmanin et Le Pen cherchent à nous faire croire qu’il s’agit de la voix de la majorité, des travailleurs. Consciemment, le personnel politique et médiatique de la bourgeoisie diffuse massivement les messages xénophobes et impose ses thèmes. Car il s’agit bien des siens ! Lors de la mobilisation contre la réforme des retraites, c’était les revendications de la classe ouvrière et ses intérêts qui s’imposaient, et non les sujets qui visent à nous diviser, en nous faisant croire que la misère des uns est causée par celle des autres.

Le « problème de l’immigration » est une construction politique, produite par des décennies d’accumulation de lois sur l’immigration, nous habituant à l’idée qu’il fallait « réguler les flux migratoires ». C’est dire que la xénophobie est distillée par les classes dirigeantes, qui font progresser les idées réactionnaires dans la population et organisent cette progression. La succession de lois consacrées au sujet de l’immigration, qui aggrave les conditions de vie des plus exploités d’entre nous, accapare également le débat public chaque fois que l’une d’entre elles est présentée, soumise à la discussion et à l’examen du Parlement.

Dans leur offensive raciste, le gouvernement et ses alliés font feu de tout bois en instrumentalisant le moindre sondage plus ou moins favorable. Certes, ils réussissent à influencer une partie du monde du travail, désespérée par des décennies d’attaques et de reculs, cherchant à paralyser notre combativité en détournant l’attention vers les plus précaires des travailleurs. Mais les travailleurs, qu’ils disposent ou non des « bons papiers », se heurtent aux mêmes patrons et ont les mêmes adversaires. Les luttes communes sont le meilleur moyen de faire tomber les préjugés et, par là même, de mettre en échec les manœuvres des Macron, Darmanin et autres Le Pen.

Martin Eraud

 

 

 

1 https://www.francetvinfo.fr/societe/immigration/grand-entretien-immigration-il-y-a-de-plus-en-plus-de-tolerance-mais-aussi-davantage-de-polarisation-autour-de-ce-sujet_6260607.html