Nouveau Parti anticapitaliste

Nos vies valent plus que leurs profits

Maduro veut assimiler une grande partie du Guyana

Les autorités vénézuéliennes ont organisé un référendum dimanche 3 décembre dernier, invitant les Vénézuéliens à se prononcer pour l’annexion d’un territoire riche en pétrole de son voisin, le Guyana. Que cache cette campagne nationaliste ?

Un conflit qui vient de loin

Le Guyana est situé à l’est du Venezuela et compte environ 850 000 habitants. Au large de ce pays, très pauvre et de langue anglaise, la multinationale ExxonMobil a découvert en 2015 d’énormes gisements pétrolifères et gaziers qui font du Guyana, qui avant cette découverte ignorait tout de l’or noir, le quatrième pays aux plus grandes réserves de pétrole au monde. 400 000 barils sont extraits chaque jour, l’objectif poursuivi par le géant américain est d’atteindre une production de 1,3 millions de barils en 2027.

De quoi attirer les convoitises des voisins, car sous le capitalisme, même les pays dominés ont des ambitions impérialistes. Surtout qu’un bon prétexte est disponible pour les autorités vénézuéliennes : le territoire au large duquel se trouvent les ressources, l’Essequibo qui compte pour les deux tiers du territoire guyanais et porte du nom du fleuve qui le borde à l’est, a été spolié au Venezuela par les procédés arbitraires dont les colonisateurs anglais avaient coutume. Depuis, le Venezuela porte des revendications territoriales dans les instances internationales, revendications qui à force de ne pas aboutir avaient fini par se faire plus discrètes, avant de se réactiver avec l’apparition des formidables ressources disponibles. Nicolás Maduro qui a succédé à Chávez depuis dix ans et n’est pas favori à sa propre réélection prévue l’année prochaine, compte, en réactivant ce conflit, faire vibrer la corde nationale et détourner l’attention de l’appauvrissement des classes populaires qui subissent de plein fouet l’inflation.

La consultation a été un succès, a annoncé Maduro : 95 % de ceux qui se sont prononcés ont suivi les consignes de l’État. C’est ignorer les urnes désertes qui indiquent que bien moins d’un électeur sur deux (au dire des autorités) se sont déplacés. Le boycott de cette opération qui vise à associer la population aux sombres manœuvres de ses dirigeants était en effet l’attitude la plus juste devant la manipulation très réactionnaire que peut être une consultation générale.

Une forte odeur de pétrole

Maduro accompagne son projet d’accents anti-impérialistes (cette rhétorique qui valut son aura au « chavisme », le courant politique de gauche d’où il est issu, jusque dans les rangs de l’extrême gauche européenne) ; aussi peut-on lire dans les communications gouvernementales qu’ExxonMobil est « un puissant instrument de l’impérialisme états-unien pour lui permettre de s’assurer le contrôle de toutes les ressources énergétiques du monde », ce qui n’est pas loin de la vérité. Le Venezuela oublie juste de mentionner que lui-même a signé des accords avec Chevron, un autre géant pétrolier, qui d’ailleurs participe au projet d’extraction d’ExxonMobil. Cet accord autorise Chevron à exploiter les ressources pétrolières vénézuéliennes en l’exonérant d’impôt. En 2016, il livrait ses ressources aurifères de l’arc minier de l’Orénoque aux multinationales comme Gold Reserve et Barrico. Ce même gouvernement qui paye rubis sur l’ongle les traites de l’impérialisme sur sa dette au détriment des services essentiels à sa population.

Le gouvernement guyanais conduit par Irfan Ali, lui, est plus encore que celui de Maduro soumis à l’impérialisme américain auquel il a attribué des droits d’extraction sur des gisements dont la propriété était objet de contestation devant les cours internationales. Il a été moins prompt à faire bénéficier sa propre population de la manne pétrolière, qui a doublé son budget ses dernières années mais qui n’a pas « ruisselé » vers une population qui souffre sur le littoral du renchérissement des prix des marchandises, avec l’installation du personnel technique américain et chinois (la China National Offshore Oil Corporation est aussi dans le coup). L’armée américaine a d’ailleurs fait des exercices militaires dans le pays à la suite de l’annonce du résultat du référendum, alors que des troupes vénézuéliennes se massaient à la frontière.

Quant à la diplomatie française, elle reste muette sur ce sujet, peut-être parce que Total, présent dans la Guyane française voisine mais exclu du projet du Guyana, pourrait profiter d’une redistribution des cartes par Maduro s’il prenait le contrôle du territoire.

Quelles que soient les combinaisons de l’impérialisme et le degré d’avilissement des gouvernements bourgeois qui leur sont soumis, les communistes révolutionnaires se tiennent du côté des nationalités opprimées et menacées, ici les Guyanais. Le conflit révèle aussi ce que les promoteurs du prétendu socialisme du 21e siècle que proclamait le chavisme signifie dans les faits.

Louis Dracon