Nouveau Parti anticapitaliste

Nos vies valent plus que leurs profits

Making Of, film de Cédric Kahn

En salle depuis le 10 janvier

Après le déjà très bon Procès Goldman, Cédric Kahn revient avec un nouveau film, Making Of, sur les galères de tournage d’une équipe de cinéma.

On pourrait se dire qu’un film qui porte sur un film en train de se faire, ce n’est pas nouveau et c’est même, sur le papier, un peu nombriliste. L’immense majorité de la critique n’a pas manqué de le souligner, que ce soit à ses yeux une raison suffisante pour rabaisser le film ou pour, au contraire, l’encenser. Mais de la sorte, les critiques se cantonnent à un seul aspect du film (et pas le plus intéressant) et révèlent que de tous les habitants du « monde merveilleux du cinéma », ils ne sont pas les moins égocentrés1.

En réalité, le sujet de Making Of, ce n’est pas le cinéma en tant que tel mais les rapports qu’entretient le milieu du cinéma, cette bourgeoisie artistique plutôt de gauche incarnée avec brio par le casting, et la classe ouvrière. Car le film que tournent les personnages de Making Of porte sur une grève contre la délocalisation d’une usine en Pologne et les figurants de ce film dans le film sont joués par les anciens grévistes eux-mêmes. Dès la deuxième scène, le fossé infranchissable entre ces deux mondes apparait : à la pause déjeuner, les figurants-anciens-grévistes sont refoulés du barnum-cantine réservé aux techniciens et doivent se trouver un autre endroit pour manger.

Tout le film développe avec mordant ce thème des bonnes intentions de la bourgeoisie artistique qui se heurte à ses propres limites sociales, que celles-ci soient économiques ou idéologiques. Les coproducteurs menacent de retirer leur financement si le film ne se termine pas sur un happy end ne correspondant certes pas à la conclusion réelle de la grève mais qu’ils jugent plus bankable. L’acteur principal (un excellent Jonathan Cohen à contre-emploi) essaie tant bien que mal d’imiter des travailleurs en grève alors que le poids de ses préjugés l’empêche tout simplement de les comprendre. Et même le réalisateur (Denis Podalydès), sympathique pourfendeur du « grand capital » comme il dit, est enfermé dans son univers où tout, au fond, n’est qu’un jeu.
Là-dedans, seuls les travailleurs ont un peu les pieds sur terre et ne prennent pas l’art pour la réalité, que ce soit les techniciens du film ou les anciens grévistes qui jouent leur propre rôle. Un peu comme si Cédric Kahn, de manière sûrement inconsciente, nous conseillait d’arrêter de nous faire des films.

Bastien Thomas

 

 


 

 

1  La malicieuse équipe de réalisation du film l’anticipe d’ailleurs dans la seule scène du film qui fait intervenir un critique de cinéma.