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Mayotte à la lumière de l’opération Wuambushu et des coupures d’eau : un colonialisme qui n’en finit pas !

L’opération Wuambushu (« reprise » en mahorais… qui consiste à démolir des bidonvilles et en chasser les familles qui les habitent) se poursuit à Mayotte (département dit français, dans l’océan Indien). Lancée par le ministre de l’Intérieur Darmanin, cette opération se présente comme une « reconquête » de Mayotte au détriment des « étrangers » qui y vivent, en fait majoritairement des Comoriens des îles voisines, et n’a rien à envier à ce que serait une mise en application du programme de Zemmour ou Le Pen par sa brutalité et son caractère ouvertement xénophobe.

Mayotte appartient à l’archipel des Comores et a été préemptée par l’État français en 1974, qui a décidé que sa population resterait française, à la différence des habitants des autres îles des Comores (Anjouan, la Grande Comore et Mohéli). Mais les conditions de vie des Mahorais n’ont rien à voir avec celles des habitants de l’Hexagone : 77 % de la population vit sous le seuil de pauvreté et de nombreuses personnes, françaises et « étrangères », habitent dans des bidonvilles. Avec cette opération policière, qui consiste à détruire des bidonvilles à la pelleteuse et à expulser les étrangers en situation irrégulière, la politique de l’État français et des élus de Mayotte consiste à faire des immigrés les boucs-émissaires de cette situation. Lancée en avril dernier, Wuambushu a été prolongée de plusieurs mois. De nombreuses destructions d’habitations ont eu lieu cet été, anéantissant le peu que possèdent certaines familles, et le plus souvent sans prévoir de relogement. L’objectif est de détruire plus de 1 000 logements insalubres et d’expulser plus de 20 000 personnes en quelques mois. De quoi multiplier le nombre de mineurs isolés, déjà nombreux sur l’île, qui se retrouvent seuls après l’expulsion de leurs parents.

Cette opération ne fait qu’amplifier les difficultés de la vie quotidienne à Mayotte, pendant que l’État français refuse de prendre ses responsabilités : investir massivement dans les services publics et avoir une politique sociale digne de ce nom, notamment vis-à-vis des jeunes, qui représentent plus de la moitié de la population mahoraise.

Concernant les services publics, l’urgence est la question de l’accès à l’eau. À partir du 4 septembre, l’eau courante sera coupée deux jours sur trois pour limiter la consommation. Une mesure qui serait jugée intolérable en France métropolitaine ! Le gouvernement annonce que deux litres d’eau par jour seront distribués aux 30 000 personnes identifiées comme les plus vulnérables par l’ARS (Agence régionale de santé) sur plus de 300 000 personnes vivant à Mayotte… Les responsables politiques expliquent cette situation dramatique par une sécheresse exceptionnelle depuis deux ans, liée au changement climatique. Mais c’est surtout le sous-investissement dans la construction et l’entretien du réseau de distribution d’eau potable et d’assainissement des eaux usées qui est en cause. Une autre ex-colonie devenue département français, en Amérique celle-là, la Guadeloupe, qui était pourtant nommée Karukera, « l’île aux belles eaux », par les Indiens Caraïbes, connaît ces mêmes coupures d’eau depuis maintenant des années. Une situation post-coloniale, dans laquelle la population des Outre-mer n’a pas les mêmes droits que la population de l’Hexagone.

L’unique usine de dessalement de l’eau de mer à Mayotte n’a jamais atteint la capacité de production initialement prévue et est actuellement en travaux. Le réseau de distribution n’est pas entretenu et il y a de nombreuses fuites, comme en Guadeloupe. Quant aux coupures d’eau, elles augmentent le risque de prolifération de germes, l’ARS recommande ainsi de faire bouillir l’eau du robinet avant de la consommer. Après les coupures, l’eau est marron, une coloration due à un excès de manganèse, à force de faire des allers-retours dans les tuyaux. Mais à plus de cinq euros le pack de six bouteilles d’eau, l’eau minérale est inaccessible pour la majorité des habitants de l’île.

À Mayotte, 30 % de la population n’a même pas accès à l’eau courante chez elle. Il s’agit des habitants des bidonvilles, contraints d’utiliser une eau impropre à la consommation ou à s’approvisionner auprès de bornes fontaines payantes. Ce qui n’empêche pourtant pas la députée Liot (Liberté, indépendants, outre-mer et territoires) Estelle Youssoufa, de dénoncer le gouvernement Borne qui construirait « des fontaines et des rampes d’eau potable gratuite pour les bidonvilles de clandestins à côté des foyers qui paient des factures pour des robinets qui tournent à vide ».1 La réalité, c’est que ces bornes-fontaines à carte sont gérées par une filiale de Vinci et vendent l’eau 1,45 euros le mètre cube. Elles ont commencé à être installées en 2001, suite à l’apparition du choléra dans le département… Quant à Mansour Kamardine, élu Les Républicains, sa seule préoccupation est de demander que les quelques bouteilles d’eau gratuites soient aussi distribuées aux Mahorais, pas seulement aux étrangers… Face à la grande pauvreté que connaît Mayotte, 101e département français, la seule perspective est de dénoncer la politique de l’État français, qui cherche à faire oublier son incurie dans la gestion de ce territoire par la surenchère xénophobe avec la complicité des élus locaux.

Lydie Grimal

1 https://lejournaldemayotte.yt/2023/07/19/estelle-youssouffa-mayotte-a-soif/