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Médine : propos inacceptables, indignation à géométrie variable

Depuis plusieurs jours, une polémique alimentée par le gouvernement, la droite et l’extrême droite agite la classe politique autour de l’invitation du rappeur Médine aux universités du parti Europe Écologie-Les Verts (ainsi qu’à celles de La France insoumise). Cette polémique a pris de l’ampleur après un tweet de Médine faisant un jeu de mots macabre entre le nom de Rachel Khan et le mot rescapée, « resKHANpée », alors que Rachel Khan est petite-fille de Juifs déportés dans les camps de la mort nazis.

Quand bien même Médine ignorait cette histoire familiale et a donné une tout autre définition de l’expression (« personne ayant été jetée par la place Hip Hop, dérivant chez les social traîtres et bouffant au sens propre à la table de l’extrême-droite »), l’emploi de ce mot porte une lourde connotation antisémite que le NPA condamne sans ambiguïté.

Mais l’indignation du gouvernement, d’une partie de la gauche, de la droite et de l’extrême droite est bien hypocrite. Ce sont ces mêmes politiciens qui n’ont de cesse de stigmatiser les enfants de travailleurs et travailleuses immigrés, notamment les musulmans et musulmanes, en prétendant qu’ils et elles seraient particulièrement homophobes ou antisémites.

Pourtant, le 13 août dernier, c’est un député Les Républicains, Jean-Louis Thiériot, qui a rendu hommage dans Le Figaro Magazine à l’écrivain nationaliste et antisémite du XIXe et du début du XXe siècle Maurice Barrès.

En 2020, c’était Macron lui-même qui avait cité devant les députés LREM Charles Maurras, le fondateur du mouvement d’extrême droite l’Action française, royaliste et antisémite violent, et collaborateur durant la Seconde Guerre mondiale. En 2018, lors des commémorations de la Première Guerre mondiale, le même avait justifié de rendre hommage à Pétain en qualifiant de « grand soldat » [sic] le fusilleur des mutins de 1917 et le chef de l’État de Vichy, qui a instauré des lois antisémites et aidé aux déportations dans les camps de la mort.

Et en 2021, dans son livre Le Séparatisme islamiste. Manifeste pour la laïcité, Gérald Darmanin parlait des « difficultés touchant à la présence de dizaine de milliers de juifs en France » au XIXe siècle, car « certains d’entre eux pratiquaient l’usure et faisaient naître troubles et réclamations »…

Pourtant, c’est bien le rappeur Médine qui est accusé de propager une parole antisémite, sexiste et homophobe.

Il est vrai que Médine s’est affiché en 2014 aux côtés de la figure antisémite Dieudonné, reproduisant son signe de ralliement, la « quenelle », à une époque où bien d’autres personnalités du monde médiatique n’avaient pas encore reconnu que l’humoriste avait basculé du côté de l’extrême droite la plus dégoûtante. Il est aussi vrai que les textes de Médine ne sont pas exempts de formules provocatrices (« crucifions les laïcards » dans une chanson dénonçant l’instrumentalisation de la laïcité par les islamophobes), et même homophobes (« tarlouze »). Si de telles formules sont courantes chez beaucoup d’artistes – et pas seulement de rap –, elles n’en sont pas moins problématiques.

Pour autant, Médine s’est aussi exprimé en faveur de l’égalité des droits pour les personnes LGBT ou contre l’antisémitisme. Il ne s’est pas engagé aux côtés de la Manif pour tous, comme certains membres du gouvernement, mais plutôt dans des combats qui sont aussi les nôtres. Rien que cette année, il a ainsi apporté son soutien actif à la grève de défense des retraites et il a participé à la marche d’hommage à Nahel à Nanterre, contre le racisme et les violences policières.

C’est bien cela qui insupporte les Le Pen, Macron, Darmanin et Ciotti.

C’est bien pour ce qu’il est, un fils d’ouvrier immigré devenu artiste militant, que Médine est depuis plusieurs années la cible de menaces et de campagnes de diffamation venant de la droite et de l’extrême droite.

C’est pour cela que son invitation par EELV a suscité des réactions de toutes parts, dont celle de l’actrice et écrivaine macroniste Rachel Kahn, le comparant à des « déchets ». Des propos eux aussi abjects et une indignation bien sélective, pour celle qui a déjeuné avec Marine Le Pen en 2021.

Il n’en reste pas moins que la réponse de Médine est un sous-entendu antisémite inacceptable, que rien ne saurait justifier.

Le système capitaliste ne se développe qu’en cultivant le racisme, l’antisémitisme, le sexisme et l’homophobie. Notre classe sociale n’a rien à gagner à entretenir les préjugés qui la divisent en fonction des origines, couleurs de peau ou croyances de chacun et chacune. Les propos ambigus, ou les bassesses relativisant les crimes racistes comme le génocide antisémite de la Seconde Guerre mondiale, participent de ces préjugés et de ces divisions.

Ne tombons pas dans ces pièges, restons le plus loin possible des propos orduriers de l’extrême droite et montrons l’unité de notre classe dans le combat contre les capitalistes !

Jean-Baptiste Pelé