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Mobilisation des ateliers SNCF : du plat de résistance au plat de lentilles ?

Le cri de colère des petits agriculteurs, ne parvenant plus à vivre de leur travail, a trouvé un écho profond chez bien des salariés du pays. Car si, pour certains, c’est le prix de vente qui pose problème, pour la grande majorité des salariés, c’est le prix d’achat ! Sauter des repas, parfois même au boulot, choisir les pièces prioritaires à chauffer chez soi, manger mais jamais vraiment correctement. Autant de situations devenues quotidiennes et néanmoins insupportables. Le début de l’année 2024 voit donc fleurir un certain nombre de mobilisations pour sortir la tête de l’eau.

Colère des ouvriers de maintenance SNCF

Parmi elles, celles des ouvriers des ateliers de maintenance des trains SNCF. Dans ces usines, dites « technicentres », les salaires sont les plus bas, les cadences sont réglées par la productivité à tout prix et les accidents du travail estropient. Les salariés embauchés y côtoient les intérimaires comme dans n’importe quelle usine du privé. Alors, pour se faire entendre, on y emploie les mêmes méthodes !

C’est ainsi que des débrayages de plusieurs centaines de travailleurs ont eu lieu le 9 janvier dernier à l’appel des syndicats SUD-Rail des technicentres TGV de région parisienne. D’autres technicentres se sont mobilisés, comme celui d’Hellemmes dans les environs de Lille. Une centaine d’ouvriers ont débrayé le mardi 16 janvier. Suite aux prises de parole syndicales, ce sont les ouvriers qui se sont exprimés. Ce sont surtout les salaires qui revenaient sur la table. Pour les intérimaires, l’embauche revient à une perte de salaire de plus de 500 euros par mois, plus la perte des primes. Ce qui explique pourquoi beaucoup sont déjà partis. Pour ceux qui ont signé, faute de mieux, la direction est restée intraitable, refusant toute négociation. Les autres agents ne sont pas en reste avec une augmentation insultante de 1,8 % lâchée aux dernières négociations nationales.

Et là, c’est le drame !

Ces débrayages se multipliant, les syndicats SUD-Rail appelaient à une grève reconductible à partir du 6 février, pour une augmentation de 400 euros pour tous. La grève s’est préparée, les cheminots ont déposé leur déclaration d’intention de faire grève laissant entrevoir une journée du 6 avec des taux dépassant les 80 % de grévistes dans bon nombre d’endroits. Et puis, patatras !
Quelques jours avant, sans même consulter l’ensemble des syndicats de base lancés dans la bataille, la direction de SUD-Rail décide d’annuler la grève. La raison ? Des augmentations sur certaines primes obtenues lors de négociations. Des primes bien souvent liées au travail de nuit ou de week-end. Bref, bosser plus, ou plus durement, pour gagner plus. Pas de quoi crier victoire et encore moins annuler une grève prometteuse. À moins qu’il s’agisse désormais de simplement voter SUD aux prochaines élections, comme le propose un nouveau logo apparu en bas des tracts… Belle démonstration du comportement qu’adoptent bien des directions syndicales, à SUD, à la CGT ou ailleurs, qui considèrent les travailleurs comme masse de manœuvre et leurs grèves comme moyens de pression pour les négociations au sommet. Pas question d’engager un quelconque bras de fer, même quand la « vapeur » est pourtant au rendez-vous.

Diviser pour mieux lutter ?

La direction de SUD-Rail n’en est pas à son coup d’essai en matière d’annulation de grève. La grève des aiguilleurs en 2022 a été vendue pour un plat de lentilles : une prime circulation de 60 euros brut par mois. Ce syndicat remet donc le couvert, appelant les aiguilleurs de nouveau à la grève les 23 et 24 février. Soit pile une semaine après l’appel à la grève pour les contrôleurs les 16, 17 et 18 février. Chacun sa grève, chacun son chemin ?

Que les travailleurs s’emparent de ces dates et aillent chercher leur dû est nécessaire. Mais le corporatisme aura vite ses limites, surtout pour arracher de véritables augmentations de salaire. L’étape d’après nécessitera de prendre nos affaires en main, à la base, dans des assemblées générales de grévistes décidant de la conduite du mouvement.

Dans d’autres secteurs, la colère s’exprime également. Dans les ateliers RATP, une grève est prévue le jeudi 8 février, rejointe par les syndicats CGT des trams et bus. De même à La Poste, où des débrayages dans les usines de tri se développent. Autant de points d’appui pour esquisser les contours d’une politique pour un véritable « tous ensemble ».

Correspondants

 

 

(Article paru dans Révolutionnaires numéro 10, février 2024)