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Nos vies valent plus que leurs profits

Naufrage en Grèce : les morts sont en mer mais les assassins sont à la tête des États européens

600 morts. Des hommes, des femmes, des enfants, entassés dans un mauvais rafiot, piégés au fond d’une cale pour la plupart, ont été engloutis mercredi sous les yeux des garde-côtes grecs et de l’agence Frontex, responsable des frontières de l’Union européenne. Prévenus au moins 24 heures avant le naufrage, ils les ont laissé couler. Le bateau, disent les autorités grecques, « ne désirait pas être secouru ». Qui peut le croire ! Depuis des années, ces mêmes autorités, grecques ou européennes, rejettent directement à la mer les personnes qui demandent secours et asile.

Les meurtriers sont dans les gouvernements et servent les patrons

C’est avec le même cynisme que ces responsables se défaussent sur les passeurs qu’ils accusent de profiter de la misère humaine. Mais c’est en rendant les routes de plus en plus dangereuses, surveillées, impraticables et ultra-violentes, que les gouvernements européens font prospérer les mafias qui les contournent moyennant le racket de leurs victimes. Ils sont au moins complices, et même donneurs d’ordre. C’est ainsi que Giorgia Meloni, la cheffe du gouvernement italien d’extrême droite, a rendu récemment visite à un des seigneurs de la guerre en Libye, le maréchal Haftar, pour négocier le prix de la sous-traitance des camps de réfugiés, ces bidonvilles entourés de barbelés. Mais qui a intérêt à ce genre de négociations ?

Nous sommes tous des immigrés

Celles et ceux qui sont morts en tentant de passer en Europe, poussés par la guerre, la misère, les catastrophes écologiques et l’espoir d’un avenir meilleur n’étaient pas des étrangers. Qui d’entre nous ne connaît pas un aïeul, un collègue, un parent, un proche, qui a rompu tous ses liens avec son pays, sa ville ou son village, en quête d’un avenir meilleur, sous la menace de la guerre, de la faim, des persécutions ? C’était hier, ou c’était avant-hier. Nous sommes tous et toutes des immigrés ou des enfants d’immigrés. Accueillir toutes les personnes qui le demandent, ouvrir les frontières, c’est un droit humain et devrait aller de soi !

Oui, nous pourrions « accueillir toute la misère du monde » !

Nous n’aurions pas les moyens « d’accueillir toute la misère du monde » ? Mais le seul budget annuel de Frontex devrait atteindre 845 millions en 2023 ! Dans le même temps, les budgets militaires explosent et atteignent plusieurs centaines de milliards dans toute l’Europe, autre conséquence meurtrière des frontières et de la concurrence acharnée entre grands capitalistes. Et il n’y aurait pas de quoi développer des infrastructures d’accueil décentes, des services qui seraient utiles à tous ? D’autant que cet argent-là n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan des profits qu’il sert à protéger : en France, les seuls actionnaires des entreprises du CAC 40 ont encaissé 68 milliards de dividendes l’an dernier ! Et que dire de l’immensité du gâchis et de la misère que ce système répand ? Un système absurde qui, pour se maintenir, doit découper des frontières entre les peuples alors qu’ils produisent et consomment en commun des marchandises qui circulent déjà librement.

Car nous pourrions mettre fin à ce monde de misère !

Macron, Darmanin et tous les autres veulent nous faire voir dans tout réfugié une bouche à nourrir ? Mais ils disent la même chose de nos anciens pour nous faire travailler deux années de plus ! C’est la même logique. Pas de frontières entre les démagogues xénophobes qui gouvernent ou qui postulent à gouverner ce système. Jusqu’à la gauche institutionnelle, dont la plupart des dirigeants sont restés silencieux lors de l’opération de déportation menée à Mayotte le mois dernier.

Exiger la liberté de circulation n’est pas simplement lutter pour un droit humain, c’est un devoir politique : les frontières tuent en mer, elles nous paralysent et nous divisent ici même. Face au torrent de xénophobie qui est déversé par en haut, il est d’autant plus impératif de nous rendre audibles et offensifs. En en discutant autour de nous, et en rejoignant tous les rassemblements qui auront lieu dans les semaines à venir pour protester contre ces politiques criminelles.

Éditorial du NPA du 18 juin 2023

 

 


 

 

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