Nouveau Parti anticapitaliste

Nos vies valent plus que leurs profits

Philippe Poutou et Olivier Besancenot : du « travailler avec la FI », à l’« avancée » vers la Nupes, où vont-ils ?

Le 4 janvier, l’organisation de Philippe Poutou et Olivier Besancenot qui, en décembre 2022, a scissionné en quittant le congrès du NPA pour mener une politique dite « unitaire » en direction de la FI (politique qui n’avait pas de majorité dans l’organisation), tente de concrétiser ses vœux. D’où des offres de service publiques au parti de Mélenchon. Elles sont faites en ces termes : « Pour construire l’unité, il faut un accord sur le contenu. Le programme de la NUPES représente pour nous une avancée par rapport aux politiques menées par la gauche sociale-libérale de Hollande. Nous sommes prêtEs à défendre ce programme avec vous dans les prochaines élections, malgré les désaccords que nous avons avec. »1

Ces camarades nous ont quittés il y a un an, pour aller vers la création d’une « gauche radicale qui peut travailler avec la FI », avait dit Philippe Poutou. Ils persistent et signent donc, postulant pour une place sur une liste des Européennes, y compris si elle devait être à nouveau celle d’une Nupes. Laquelle ? Celle des législatives de juin 2022 est quasiment morte. Chacun a repris ses billes une fois élu au Parlement. Pour les prochaines européennes, les Verts et le Parti communiste affichent leurs ambitions de faire cavaliers seuls. Quant au Parti socialiste, l’affaire était réglée depuis l’été dernier : pas question d’alliance, il aura sa propre liste et a déjà annoncé, début décembre, son programme.

Mais survivrait au moins, selon nos anciens camarades, le « programme de la Nupes » dont ils promettent d’être fidèles défenseurs, malgré leurs désaccords. Même pas celui de la LFI, pour une VIe République bourgeoise, déjà pas bien révolutionnaire.

Le seul programme de la Nupes existant à ce jour est celui du compromis qui avait permis des candidatures communes aux législatives de 2022 entre FI, écologistes et PS. Tant pis pour le Smic chiffré à 1 500 euros alors qu’au printemps 2022 tout le monde pensait déjà qu’à moins de 1 800 ou 2 000 euros, on ne pouvait pas vivre décemment. Tant pis pour la retraite à 60 ans, devenue dans ce programme un « droit à la retraite à 60 ans »… à condition d’avoir 40 annuités pour une retraite à taux plein, même pas le retour aux 37,5 annuités d’avant les « réformes » ou reculs précédents, dont ceux infligés par des gouvernements socialistes. Combien de travailleurs, et surtout combien de mères de famille qui ont cumulé des arrêts pour élever leurs gosses, auraient leurs 40 annuités, et donc ce « droit à la retraite » avant 62 ans voire plus ? S’ajoutaient à ce programme de la Nupes la promesse de « refonder la police » pour qu’elle retrouve la confiance des citoyens, sans oublier de « prioriser l’acquisition de matériel français dans l’armée ». Canons César et Rafales en priorité, merci !

Se présenter aux Européennes avec la FI et ce qui resterait de feu la Nupes, sur un tel programme, n’en est pas moins présenté comme « un enjeu crucial », pour « qu’une liste de rupture obtienne le score le plus haut possible et se retrouve devant l’extrême droite », écrit l’organisation de Philippe Poutou et Olivier Besancenot dans sa lettre à la FI.

De « rupture » avec quoi ?

Ces camarades, qui plus est, proposent leur participation à cette gauche dans un contexte où elle n’affiche de perspectives que strictement électorales et parlementaires, et brille par son absence sur le terrain des luttes sociales et politiques. Il y a bien sûr des différences de politique entre les appareils qui ont constitué la Nupes, des différences aussi et surtout dans les aspirations et le militantisme sur le terrain d’une partie de leurs milieux respectifs. Bien sûr nous retrouvons une partie d’entre eux dans des luttes. Mais c’est pourtant l’absence totale d’impulsion politique, ces derniers mois, de la part des leaders de cette ex-Nupes, voire silence assourdissant quand il s’agit d’offrir des perspectives de lutte collective pour les salaires et les conditions de vie, quand il s’agit d’apporter un soutien à Gaza massacré par l’État israélien sioniste, quand il s’agit de rejeter cette nouvelle loi inique contre l’immigration, et non d’attendre que le Conseil constitutionnel en raye quelques menus aspects. Et qui dans cette gauche est pour l’ouverture des frontières, la libre circulation des hommes et des femmes ? Même pas Mélenchon.

Les amis de Philippe Poutou, Olivier Besancenot et Christine Poupin campent sur leur obstination dite « unitaire ». Dont acte, avec grands regrets de notre part. À voir s’ils sauront convaincre leurs amis de gauche de leur céder quelques strapontins.

Mais ce n’est certainement pas ainsi que nous pourrons combattre la soif de profits des capitalistes ni l’influence de l’extrême droite, et redonner aux travailleurs des perspectives de luttes pour un bouleversement révolutionnaire, qui enfin placerait nos vies avant leurs profits.

Pour notre part, nous continuons le NPA, un parti de « révolutionnaires » comme l’indique le nom de notre journal. Oui, nous continuons à affirmer l’urgence de la révolution !  Une perspective qui trouve de l’écho dans une partie de la classe ouvrière et de la jeunesse, tout particulièrement auprès de ceux qui sont en lutte et dans la rue.

En ce qui concerne les prochaines élections européennes, nous confirmons que nous y serons présents, seuls ou dans le cadre d’une alliance entre révolutionnaires, pour que la voix des exploités et des opprimés se fasse entendre.

Le comité exécutif du NPA

 

 


 

 

1  Dans un courrier rendu public le 3 janvier.