Nouveau Parti anticapitaliste

Nos vies valent plus que leurs profits

Primogrève à Proxiserve

À Angers, les techniciens de l’agence Proxiserve sortent d’une grève de sept jours. Historique ! C’est la plus longue de l’histoire de cette entreprise comptant plus de 3 000 salariés au niveau national.

Le premier jour, seul un débrayage était prévu, mais, remontés face à leurs conditions de travail et de salaires et constatant leur force et leur nombre, les techniciens déclarent la grève et réclament une augmentation de salaire de 300 euros net pour tous, de meilleures conditions de travail et l’embauche de plusieurs collègues pour pallier les cadences chroniquement trop élevées. Le soir même, la reconduction est votée pour le lendemain.

Les employés de Proxiserve exécutent à la fois des missions de plomberie, serrurerie, chauffage, menuiserie. On se dit que leur salaire devrait être à la hauteur de leurs nombreuses compétences, c’est malheureusement l’inverse : la direction ne leur donne que le statut de « technicien multi-services » qui accorde une rémunération à peine supérieure au smic et bien inférieure à celle d’un plombier classique. Thierry (prénom modifié) dénonce aussi le manque de formations proposées par l’entreprise, en particulier pour les nouveaux salariés à qui on demande d’être extrêmement polyvalents sans les accompagner convenablement.

Les techniciens de Proxiserve assurent un service utile à la société mais leurs patrons n’organisent le travail qu’en fonction du profit et non des besoins des salariés et des clients. Ainsi, pour faire des économies sur les salaires, la direction impose un sous-effectif et des cadences toujours plus soutenues, quitte pour les salariés à assurer de mauvaises prestations voire à mettre leur sécurité en péril.

Cette grève pourrait donner des idées à d’autres, d’autant plus que les problèmes de salaire ou de cadence sont loin d’être propres au domaine du chauffage-plomberie.

Sur le piquet, la journée est en partie rythmée par des personnes soutenant la grève venus donner quelques euros, de la nourriture. Une belle preuve de solidarité. Toute la journée, les grévistes restent devant l’entreprise, faisant preuve de leur détermination. C’est l’occasion, autour d’un brasero et de viennoiseries, de discuter de la suite de la grève, de nouer des liens, d’échanger des blagues, et de ne pas se démotiver.

Mais ça n’a pas suffi, et la perte financière de sept jours de grève, sans assurance que les caisses de solidarité l’amortissent, commencent à décourager certains. De dix-huit, ils passent à onze, puis huit grévistes. Le septième jour, face à leur trop faible nombre, les techniciens sont contraints d’arrêter la grève. Ils obtiennent tout de même le paiement d’un jour de grève et la conservation d’une partie de leur prime de 150 euros, la direction leur a également promis plusieurs améliorations des conditions de travail.

La grève ne s’étant pas suffisamment élargie à Angers et au sein des agences d’autres villes, les grévistes ne sont pas parvenus à décrocher d’augmentation de salaire, la direction prétextant des difficultés financières alors que l’entreprise engrange chaque année des millions de bénéfices.

Bien qu’ils n’aient pas obtenu d’augmentation de salaire, les grévistes de Proxiserve ne regrettent rien : ils affirment que cette grève leur a permis de retrouver de la dignité face à des chefs irrespectueux de leur travail, et pour beaucoup de se politiser.

Plusieurs sont prêts à repartir en grève au moindre coup bas de la direction.

Correspondants