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SNCF Saint-Lazare : les jeux olympiques de la flexibilité

Vendredi 8 septembre, un agent de conduite était convoqué en entretien disciplinaire par sa direction. Son tort ? Avoir fait appliquer un point de la réglementation du travail qui potentiellement péjore la production, nous expliquons dans cet article en quoi. Le jour de l’entretien disciplinaire, une grève était appelée et les collègues de Mantes-la-Jolie, dont fait partie l’agent convoqué, ont majoritairement et fermement répondu à l’appel. Le rassemblement pour accompagner le collègue face à la direction a réuni une cinquantaine de personnes dans une chaude ambiance, et pas seulement à cause de la météo. Pas suffisant pour obtenir le jour-même l’abandon de la procédure disciplinaire, mais les échanges avec la direction ont donné quelques grands moments de bravoure (on a pu entendre que les temps de repos seraient « offerts » aux agents : merci patron !) et tout le monde s’est promis avant de partir de ne pas en rester là, si tant est que le message n’ait pas été reçu, car il en va en fait de la politique de la direction, de compenser le manque d’effectifs dont elle est responsable par une plus grande flexibilité qu’elle voudrait imposer aux cheminots.

Quelques éléments de « droit » pour comprendre

Les agents de conduite ou conducteurs, sont régulièrement appelés à faire des « découchés », c’est-à-dire dormir en dehors de chez eux dans des foyers SNCF ou des chambres d’hôtel, ce qui permet notamment qu’ils soient présents sur différents terminus de lignes pour faire les premiers trains du matin ou qu’ils dorment à proximité des gares terminus après les derniers trains du soir. La réglementation du travail fixe à neuf heures le temps de repos minimal en découché (ce seuil peut descendre à huit heures, une fois, toutes les trois semaines de travail), ce qui implique par exemple qu’un agent de conduite peut travailler jusqu’à 20 heures avant de reprendre à cinq heures du matin le lendemain.

Un accroc étant toujours possible, d’autant plus que la SNCF sous-traite depuis des années la gestion des hébergements à une filiale de son cru qui tente d’y consacrer le minimum de moyens, un point de la réglementation du travail prévoit que si un agent ne peut pas disposer de sa chambre dès son arrivée, il a le droit au maintien de son temps de repos initialement prévu. En pratique, si la SNCF et la structure d’hébergement mettent une heure à régler un problème pour donner une chambre à un agent, celui-ci a le droit de commencer une heure plus tard le lendemain ; charge à l’entreprise de trouver une solution de remplacement pour que le premier train de sa journée de service du lendemain circule.

Avec les JO, des « découchés » à plusieurs centaines d’euros la nuit ?

La direction de Paris Saint-Lazare n’avait jusqu’à présent jamais trouvé à redire à l’application de ce droit qui borne un peu la flexibilité déjà très importante des conditions de travail des agents de conduite. Sauf qu’un accroc de taille s’annonce : les Jeux olympiques de Paris. La SNCF n’agrandit plus depuis longtemps ses foyers, voire les vend ou s’en débarrasse, et ses capacités d’hébergement sont sous-dimensionnées au regard du trafic ferroviaire, d’où un recours de plus en plus fréquent aux hôtels. Et la direction semble peu désireuse de payer durant l’été 2024 des chambres d’hôtel qui, avec la flambée des prix annoncée durant la période des JO, se chiffreraient à plusieurs centaines d’euros la nuit. Elle jure avoir effectué des réservations de chambres en amont mais ne donne à leur sujet aucune information. « Tout ira bien » : les cheminots savent qu’il y a lieu de s’inquiéter quand la direction tient ce discours. De fait elle sait qu’elle a un problème d’hébergement pour l’été 2024 et qu’elle pourrait être amenée à demander fréquemment aux agents de découcher à plusieurs kilomètres de leurs lieux de prise et de fin de service. Quid s’ils font alors tous respecter le maintien de leur temps de repos prévu ?

Alors stopper la direction dans ses élans !

Avec cette procédure disciplinaire, la direction semble vouloir trancher le problème de manière toute patronale. Elle est dans la continuité de sa politique : depuis deux ans, elle a tenté de bien des manières de compenser le sous-effectif dont elle est responsable par une flexibilité accrue des agents de conduite, problème qui touche bien des services à la SNCF. Elle n’a été stoppée dans ses élans que par des réactions d’ampleur. Dont à nouveau une réaction vive, cette fois encore.

Comité cheminots NPA de la gare Saint-Lazare