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SNU : retour d’expérience d’une lycéenne volontaire

Suite aux annonces de Sarah El-Haïry sur la mise en place de « classes d’engagement SNU », nous sommes allés à la rencontre de Lucie (le prénom a été modifié), 17 ans, une lycéenne du 92 ayant participé au SNU en 2022 en tant que volontaire.

 


 

 

Lorsque tu t’es inscrite pour le SNU, quelles étaient tes motivations ? Avec le recul, quelle impression t’a laissée cette expérience ?

Lucie : On m’avait vendu le SNU comme un séjour de cohésion encadré mais divertissant. Finalement c’étaient surtout des cours de préparation militaire (ordre serré, sports de défense, beaucoup de conférences avec des anciens militaires vendant l’armée comme le job de rêve).

Peux-tu me raconter comment se déroulait une journée type et la manière dont tu as vécu le séjour ?

Lucie : Les journées étaient très longues et fatigantes, on se levait aux alentours de 6 ou 7 heures pour chanter La Marseillaise avant même d’avoir mangé. Après le petit-déjeuner, on avait une activité sportive (sports de contact pour la plupart, boxe, self-défense, rugby) pendant trois ou quatre heures, puis l’après-midi c’était un peu de sport et des sortes de cours d’EMC (cours pour apprendre à rédiger un CV, initiation au code de la route, rencontre avec l’armée) et le soir se tenaient des sortes de veillées obligatoires, donc on se couchait rarement avant 22 h 30 et il fallait tenir le rythme sous la chaleur pendant les douze jours.

Quel était le public selon toi ? Quelle catégories de jeunes participent au SNU en tant que volontaires ?

Lucie : Pour être honnête, j’ai vu des catégories de personnes très diverses, pour la plupart des jeunes de milieux populaires qui avaient rarement eu l’occasion de partir en vacances. Mais aussi des jeunes de milieux bien plus favorisés qui prônaient énormément leur patriotisme, avec des discours d’extrême droite notamment sur l’immigration.

Tu m’avais dit que les instructeurs avaient un discours nationaliste, qui promouvait l’engagement dans l’armée. Peux-tu m’en dire plus ?

Lucie : On sentait que les instructeurs, qui étaient pour la plupart des anciens militaires, étaient payés pour nous faire nous diriger vers la voie militaire. La vidéo de promotion pour l’armée nous était diffusée plusieurs fois par jour, si bien que tout le monde la connaissait par cœur. Ils nous vendaient le métier comme accompagné d’un gros salaire et d’une retraite anticipée, sans parler plus des gros dangers encourus. Ils nous rendaient aussi sensibles à leurs paroles avec de nombreuses anecdotes personnelles sur leurs expériences dans l’armée.

Quel est ton avis sur les annonces récentes de Sarah El-Haïry concernant les « classes d’engagement SNU » ?

Lucie : Je trouve cette décision particulièrement injuste et égoïste. Le SNU est pour moi non seulement un séjour qui n’est pas adapté à tous en raison de la forte demande de performance physique tout au long de la journée et de l’isolement très dur avec nos familles et nos vies. De plus, le fait de privilégier certains élèves vis-à-vis de Parcoursup pour leur participation à un stage de patriotisme est totalement injuste pour ceux qui méritent leur place dans les grandes écoles mais n’ont juste pas envie de se contraindre à participer à cet événement.