Nouveau Parti anticapitaliste

Nos vies valent plus que leurs profits

Tandis que la politique de Macron est sifflée, la gauche politique et syndicale se met à table ?

Le clou de la rentrée, avant les huées et sifflets contre Macron à l’ouverture de la Coupe du monde de Rugby, est probablement cette folle nuit macroniste à Saint-Denis, du 30 août au 1er septembre, qui a rassemblé, autour du président, les leaders du RN (extrême droite lepéniste), de LR (droite de Ciotti), de Renaissance (macronistes), du Modem (de Bayrou) et d’Horizons (d’Édouard Philippe, par ailleurs invité à la Fête de l’Humanité !), et les partis de la NUPES (PS, Verts, LFI et PCF) dont on ne sait jusqu’où ils sont encore liés !

Tous rassemblés par Macron sous le signe de l’unité de la nation, de l’augmentation du budget militaire, de l’ouverture d’un dialogue politique et social – et d’un dîner ! – dans l’ancienne abbaye royale de Saint-Denis. « Ils se sont parlé… courtoisement ! » disent les médias. Toute la gauche institutionnelle, qu’elle soit politique ou syndicale, a répondu à l’appel, prétextant que l’essentiel était de défendre son point de vue. Dans le même temps, les responsables syndicaux se rendaient aux tête-à-tête avec Macron, fiers de rouvrir ainsi un « dialogue social » avec des « corps intermédiaires » ressuscités, c’est-à-dire ces interlocuteurs que le président n’avait pas trouvé chez les Gilets jaunes et n’est pas en passe de trouver chez les jeunes de banlieue. Macron est ainsi encouragé à organiser un nouveau grand bla-bla : une « conférence sociale » en octobre… dont il ne sortira rien qui soit dans l’intérêt des classes populaires. Car pour ce faire, il lui faudrait s’en prendre aux intérêts de capitalistes dont il est l’homme de main.

Mensonges des voies électorales et du dialogue social…

La gauche politique et syndicale, de la NUPES à la CGT, refait à Macron la proposition d’un référendum sur les retraites. On a pourtant vu pendant la bataille des retraites comment les joujoux institutionnels et « mille et une astuces » réglementaires du genre 49.3 éliminent tout débat dit démocratique. Cette loi scélérate allongeant la durée de travail de deux ans doit être abrogée, et elle le sera, mais pas sans nos luttes et nos grèves ! Pourtant, à gauche, on reste décidément surtout fan des élections et on est dans les starting-blocks pour la présidentielle de 2027, à la recherche d’une alliance électorale pour « battre l’extrême droite »… tout en se battant chacun pour la place ! S’allier dans l’action militante contre les sales coups de petits fachos qui se multiplient – également sous forme de violences d’une police qui en est truffée – est certainement une nécessité. Mais les victoires électorales de la gauche contre l’extrême droite, merci on a vu. On n’a pas oublié les politiques anti-ouvrières que la gauche a menées au pouvoir, écœurerant les travailleurs au point d’en encourager une partie à un vote sanction, en faveur des Le Pen !

« Apaiser la colère », ou plutôt l’encourager et l’aider à s’organiser ?

Par ailleurs, est-il possible, comme la dirigeante de la CGT Sophie Binet, au sortir de son entretien avec Macron, de souhaiter « apaiser la colère et tourner la page » ? De souhaiter « remettre en cause l’inégale répartition des richesses entre le capital et le travail » par la discussion ? Croire qu’on peut négocier avec le patronat une « autre politique industrielle » ? La dureté de la période confirme l’irréductibilité des contradictions de classes, et la nécessité de la lutte de classe.

L’unité du monde du travail est nécessaire, contre le patronat, contre les gouvernements qui le servent, contre la droite et l’extrême droite et les arriérations réactionnaires, racistes et sexistes qu’ils charrient. Mais rien à voir avec des cartels électoraux. Cette unité se fera dans la poursuite de nos luttes, dans leur amplification et leur radicalisation. Dans leur organisation aussi, démocratique, de grève aux grévistes, jusqu’à la remise en cause par la classe ouvrière mobilisée de la propriété capitaliste et des pouvoirs qu’elle donne à une infime minorité. C’est nous qui travaillons, c’est nous qui décidons et nous sommes des millions !

Michelle Verdier

 

 

(Article paru dans Révolutionnaires numéro 5, septembre 2023)