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Tunisie : escalade de violences racistes à Sfax contre les migrants subsahariens

Depuis la nuit du 3 juillet, la ville de Sfax en Tunisie est le théâtre d’une série d’attaques violentes perpétrées contre des Subsahariens. Ces actes de violence ont été déclenchés par la diffusion d’une vidéo sur Facebook par le député tunisien Tarak Mahdi, accusant des Africains d’avoir poignardé un homme. Dans la vidéo, Tarak Mahdi se présente face à la caméra, montrant le corps d’un homme inanimé gisant sur le trottoir, tandis que du sang se répand sur la chaussée et appelle alors la population à se mobiliser. Le 4 juillet 2023, il affirme que des membres du groupe islamiste terroriste Boko Haram se trouvaient parmi les migrants subsahariens irréguliers et parle de flux migratoires qui, selon lui, « envahissent la ville ». Des propos qui s’appuient en partie sur la propagande et les lois anti-migrants du président Kaïs Saïed, qui, en février, a prononcé un discours choc contre l’immigration clandestine, la présentant lui aussi comme une menace démographique pour la Tunisie. Des déclarations xénophobes et irresponsables venues de toutes parts ont contribué à alimenter la propagation de la haine dans l’ensemble du pays, bien que quelques manifestations antiracistes et pour la liberté de circulation, autour notamment slogan « We Are All Africans » et rassemblant une centaine de personnes se soient tenues, principalement dans la capitale. Cette campagne de haine aboutit aujourd’hui à une véritable « chasse à l’homme noir » à Sfax, plongeant dans une spirale de haine et de violences racistes cette ville portuaire, point de transit ou d’échouage pour les personnes fuyant la misère et la guerre.

Des dizaines de migrants africains ont été chassés de la ville, d’autres ont fui. On dénombre plusieurs blessés, des rassemblements ont été organisés où des centaines de Tunisiens se sont réunis dans les rues pour réclamer le départ immédiat de tous les migrants. Ces événements dramatiques ne sont pas des cas isolés. Des échauffourées entre Tunisiens et Subsahariens se sont multipliés dans les quartiers pauvres. À la fin du mois de mai, un Béninois de 30 ans a été mortellement poignardé par un groupe de jeunes Tunisiens lors d’une attaque contre 19 migrants dans un quartier populaire d’El Haffara.

Sfax est une ville où toutes les misères se rencontrent et où les tensions sociales grandissent depuis des années. Elle est notamment plongée depuis des mois dans une crise sanitaire et écologique due à la gestion catastrophique des déchets. Elle est l’image d’un pays en proie au chômage, aux pénuries, sans perspectives, où frustration, désespoir et colère s’accumulent.

C’est bien pour que cette colère potentiellement explosive ne soit pas dirigée contre les vrais responsables de leur situation, le patronat et le régime, que le gouvernement, Kaïs Saïed le premier, s’attaque aux Subsahariens en les désignant comme boucs émissaires. Mais les vrais responsables ne sont pas ceux qui fuient la misère, mais bien ceux qui maintiennent la population tunisienne dans la misère, incapables de réguler le problème du chômage croissant, des pénuries et de l’inflation.

Nora Debs