Nouveau Parti anticapitaliste

Nos vies valent plus que leurs profits

Vidéo. Débat entre le Nouveau parti anticapitaliste et Lutte ouvrière [Rencontres d’été révolutionnaires d’août 2023]

 

 

 

 

 


 

Une intervention d’Aurélien pour le NPA, a échappé à la captation vidéo suite à un problème technique. Nous en reproduisons le contenu ici, basé sur un enregistrement sonore.

Nous aimerions bien sûr échanger avec vous aussi sur la situation en France et les possibilités d’y intervenir comme pôle des révolutionnaires. Mais nous n’esquiverons pas le débat sur la guerre en Ukraine, que vous venez de poser d’une façon qui ne correspond pas, à notre avis, à la situation.

Je commence par répondre à Clara, dont la langue probablement a fourché : non ce n’est pas un « accord » ou un « désaccord » de la classe ouvrière qui pourra favoriser ou empêcher la marche à la guerre. Si la bourgeoisie en est réduite à cette extrémité, seule une révolution sociale pourra l’en empêcher.

Bien sûr comme toutes les organisations d’extrême-gauche, y compris vous-mêmes je pense, nous avons nos débats sur la caractérisation de la guerre en Ukraine et les tâches qui en découlent.
Nous les avons pris à bras le corps tant le problème est capital dans la période. En décembre 2022, nous écrivions dans la plateforme C du 5e congrès les grandes lignes d’une position générale qui reste celle d’une majorité d’entre nous.

D’abord nous caractérisons la guerre comme une guerre d’annexion impérialiste de l’Ukraine menée par le régime de Poutine. Nous en déduisons les premiers mots d’ordre que nous mettons en avant :

• « Troupes russes, hors d’Ukraine ! »,

• « Droit du peuple ukrainien à disposer de son sort ! », y compris à s’armer contre l’envahisseur.

• « Soutien à celles et ceux qui, malgré la dure répression et au nom de la solidarité entre les peuples, s’opposent en Russie à la sale guerre de Poutine, aux appelés qui refusent de partir ! »

Ensuite : « nous dénonçons la politique de nos propres gouvernements des puissances occidentales qui profitent de la guerre pour défendre leurs intérêts économiques », intervention qui porte en elle de forts risques de généralisation du conflit, et nous disons : « Troupes de l’OTAN, dont au premier titre les troupes françaises, hors de tous les continents où elles prétendent gendarmer le monde, que ce soit Europe de l’Est, au Moyen-Orient ou en Afrique ! »

Troisième point, nous précisons qu’il « n’y aura pas d’issue contre l’invasion de Poutine sans une victoire des classes populaires ukrainiennes et russes qui sauraient se liguer, fortes de la solidarité active des travailleurs et travailleuses du monde, à commencer par ceux et celles de l’Europe. »

Enfin : « Nous militons contre les unions sacrées derrière des drapeaux nationaux, pour l’union des travailleurs, des travailleuses et des peuples par-delà les frontières, avec la perspective de renverser le capitalisme. »1

Nous nous sommes posé la question : comment comprendre que vous ne disiez ni n’écriviez ce simple mot d’ordre, « troupes russes hors d’Ukraine » ? Il semble que votre pronostic répété sur la généralisation du conflit vous entraîne à prendre position non pas à propos de l’invasion russe de l’Ukraine mais dans la future guerre mondiale telle que vous la pronostiquez. Ce qui vous évite la tâche délicate (et que nous ne prétendons pas avoir menée tout à fait jusqu’au bout faute d’une implantation là-bas) d’avoir une politique pour la situation actuelle. La guerre dure depuis un an et demi à l’échelle de toute l’Ukraine, et en réalité depuis 2014. Et toujours pas de 4 août à l’heure actuelle : non l’Ukraine n’est pas la Serbie de juillet 1914, comparaison que vous mobilisez dans vos textes de congrès.

Vous nous dites ici encore que ce mot d’ordre « troupes russes, hors d’Ukraine », Zelensky, Biden et Macron peuvent le dire aussi. Mais depuis quand l’indépendance politique consiste-t-elle à dire blanc quand la bourgeoisie dit noir ? Vous vous êtes comme nous opposés aux guerres d’invasion impérialistes menées par les États-Unis et d’autres en Irak et en Afghanistan. Ainsi qu’à l’intervention française en Côte d’Ivoire en 2004. Vous n’avez pas exprimé de position défaitiste révolutionnaire côte irakien, afghan ou ivoirien, et c’est heureux ! Est-ce que ça veut dire soutien au régime de Saddam Hussein, des Talibans ou de Laurent Bagbo ? Certainement pas et heureusement ! Alors quel est le rapport avec un soutien au régime bourgeois de Zélensky complètement aligné sur l’OTAN qui est le bras armé de l’impérialisme américain ? D’où vient cette accusation, que nous n’acceptons pas, de nous aligner sur notre propre impérialisme ?

Ces arguments ne tiennent pas la route et rompent avec toute une tradition du trotskysme à la LO que nous sommes nombreux ici à partager. En réalité, une partie de votre confusion vient de votre aveuglement à voir la restauration capitaliste en Russie. Nous sommes bien placés pour le savoir dans notre parti où beaucoup sont issus de l’ancienne Fraction de LO qui a été fondée précisément suite à cette discussion… La Russie reste selon vous un état ouvrier très très dégénéré, vous nous l’avez rappelé en introduction. Vous écrivez d’ailleurs dans votre dernier congrès que le chapitre du programme de transition sur l’URSS est ce qui permet « de saisir au plus près la réalité russe »2, en changeant le nom d’URSS, aujourd’hui disloquée, par Russie. Ce chapitre, extrêmement important et indispensable pour que les militants bolchéviks-léninistes s’orientent dans la seconde guerre mondiale, résume une des idées qui caractérise le trotskysme et indique que l’URSS est un « État ouvrier dégénéré » qu’il s’agit de la défendre par tous les moyens y compris militaires dans la guerre à venir contre l’impérialisme.

Camarades est-ce que vous plaquez « la défense de l’URSS » du programme de transition en 1938 sur la situation actuelle ? Allez-vous au bout de votre raisonnement et prôner la défense de la Russie et la défaite de l’Ukraine puisqu’il s’agit d’après vous d’une guerre par procuration entre la Russie et l’OTAN ? Est-ce la raison pour laquelle vous n’écrivez jamais ce slogan pourtant simplissime « Troupes russes hors d’Ukraine » ?

Vous décrivez dans votre dernier congrès un monde divisé en deux : d’un côté la Russie, État bureaucratique issu d’une révolution prolétarienne (sans plus de précision sur la nature de l’État) et la Chine, État nationaliste issu d’une révolution paysanne. De l’autre côté « l’impérialisme » regroupé en un seul bloc. Quand on ajoute à cette analyse que la guerre mondiale est au choix imminente voire déjà commencée, on se demande comment ne pas conclure qu’il faudrait choisir son camp, celui du bloc « qui n’est pas directement dominé par l’impérialisme »3. Il y a 70 ans, un courant du trotskysme mené par Pablo a commis des erreurs d’analyse étonnamment similaires et les conclusions qu’il en tirées l’ont mené à une capitulation totale. Heureusement que vous n’en tirez pas ces conclusions, mais cela illustre à quel point ce genre d’erreur peut se payer cher.

Oui il faut que les révolutionnaires mènent une agitation anti-militariste, contre la guerre mais aussi contre le pacifisme qui n’est que le masque du ralliement à un bloc ou un autre dans la rivalité entre impérialismes. Une politique pour le monde du travail, qui appelle un chat un chat dénonce tous les impérialismes qui se repartagent le monde, en insistant particulièrement sur le nôtre mais sans en faire le seul et l’unique. Oui faisons vivre le slogan de Liebknecht qui disait « L’ennemi principal est dans notre propre pays » – sans oublier que l’allemand Liebknecht n’a jamais voulu dire par là que seule l’Allemagne était impérialiste mais pas la France ou l’Angleterre.

Nous sommes face à une remontée des rivalités entre impérialismes, même s’ils ne sont pas sur un pied d’égalité du point de vue de leur puissance économique et militaire. Oui la classe ouvrière a beaucoup d’ennemis, pas seulement les USA et leurs alliés, uniques puissances que vous qualifiez d’impérialistes. Des ennemis qui parfois se font la guerre entre eux – même s’ils se réconcilient toujours pour écraser les révolutions. Et il faut le dire et le dénoncer, justement pour se battre contre la militarisation et l’embrigadement dans tous les pays. C’est capital dans la période qui vient pour maintenir, surtout dans un contexte de rivalités qui peut basculer dans la guerre, l’indépendance politique du prolétariat.

 


1  Actualité et urgence de la révolution (texte de la plateforme C au congrès du NPA de 2022)

2  https://mensuel.lutte-ouvriere.org/2022/12/10/crise-guerres-et-changements-des-rapports-de-force_450519.html

3 https://mensuel.lutte-ouvriere.org//2022/12/10/discussion-sur-les-textes-dorientation_450523.html