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Caen, lundi 17 avril : Siamo tutti anti-Macronie

Il n’est pas 20 heures ce lundi soir et l’esplanade devant la mairie résonne déjà d’un martèlement de batterie de cuisine qu’on entend à cent mètres à la ronde. Dès les abords, il est presque impossible d’avoir une conversation sans forcer la voix. Pour une fois, les manifestants sont une majorité à avoir suivi la consigne : amener poêles et casseroles, et taper comme des sourds dessus. D’ailleurs, plusieurs cuillères en bois ne résistent pas longtemps à ce traitement.

D’un « On est là » parti du cœur de la foule, on passe rapidement à « Siamo tutti antifascisti », « nous sommes tous antifascistes » en italien, à scander entre deux salves d’applaudissements façon supporters de foot. Il y a là des chasubles syndicales, des K-ways noirs et des gilets jaunes, des jeunes et des collègues de boulot, des habitués et des plus novices, et même au moins une personne qui s’était vantée auprès de l’auteur de ces lignes en 2019 d’avoir voté Macron, prenant son parti contre les Gilets jaunes. Mais ce soir, c’est « Siamo tutti anti-Macronie » !

À 20 heures 40, à l’heure où le discours doit avoir pris fin, quelques-uns rentrent chez eux. La plupart, au nombre de peut-être 700, s’éloignent de la mairie et forment un cortège, sans que le tintamarre cesse. La rue Écuyère, la rue piétonne des bars, est habituée à voir passer les manifs. Mais pour une fois, le défilé fait sensation sur le public des terrasses. Un jeune escalade un échafaudage et, parvenu à 10 ou 12 mètres de haut, lance une ola sur toute la rue. Une passante chargée de courses alimentaires remonte la rue à contre-sens en reprenant « On est là ». Sur le côté de la manif, des jeunes tapent dans leurs mains pour encourager le cortège, sourire aux lèvres. Les seuls qui ne sont pas à la fête sont les cafetiers ; ils tentent d’empêcher l’immolation par le feu de leurs bennes à ordures. La manifestation dure juste une petite demi-heure avant de parvenir devant la préfecture. C’est comme si un aimant l’y attirait. Les flics sont étonnamment peu nombreux, tout juste une vingtaine. Ils n’en mènent probablement pas large. Une fois leurs effectifs renforcés en revanche, c’est le désormais habituel déluge de grenades lacrymogènes puis de désencerclement qui repousse la manifestation. Qu’importe, on reviendra, plus nombreux encore. Un manifestant conclut en s’époumonant dans une rue déserte : « Merci, Manu, c’était une chouette soirée ! »

Correspondant